Ton coeur n'est pas en or (Projet Bradbury, semaine #19)

Neil Jomunsi - 27.12.2013

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Le Projet Bradbury continue, même pendant les fêtes... Pas de foie gras au programme, mais des paillettes, quelques boulons et un peu de liquide de transmission. C'était le contrat initial, et même si je savais qu'il allait être difficile à respecter, je n'avais aucune raison de ne pas m'y plier cette semaine. Car comme Arthur Conan Doyle le faisait dire à Sherlock Holmes :

« Mes règles ne souffrent d'aucune exception, sinon elles ne seraient plus des règles. »

Je vous présente donc Toreador, la 19ème nouvelle du Projet Bradbury.

 

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En résumé :

Cristo est un gladiateur d'un genre un peu particulier : il combat des robots d'abord destinés à la casse, puis réparés pour être transformés en machines de guerre. Cristo est une légende parmi les champions de la Ligue : dans ses veines coule le sang de ses ancêtres, qui ont eux aussi bravé leur peur pour fouler le sable de l'arène, des siècles plus tôt. De là est né son surnom : le Toreador.

Je ne suis pas particulièrement fan de tauromachie, comme vous pouvez vous en douter. Je suis un végétarien convaincu et fervent adepte de la philosophie de Peter Singer au sujet du droit des animaux à ne pas souffrir et à être reconnu comme des êtres intelligents et autonomes. Néanmoins, je ne suis pas contre l'Histoire, puisqu'on ne peut pas la changer, ni contre les traditions : aussi "barbares" soient-elles, on trouve toujours des points sur lesquels raccrocher son intérêt. Et d'intérêt, la tauromachie n'en manque pas.

 

L'idée de cette nouvelle m'est venue, comme souvent, de la confrontation de deux thèmes qui, de prime abord, n'avaient rien en commun. D'abord, je me suis rendu compte il y a quelques semaines à la lecture d'une nouvelle de Ernest "Papa" Hemingway que même si j'étais contre la tauromachie en tant que telle, je ne connaissais pas grand-chose de son fonctionnement. J'ai donc fait comme n'importe quel écrivant (j'use de ce terme sciemment, j'aurai sans doute l'occasion d'y revenir dans un prochain article) digne de ce nom : je me suis documenté. Et force est de constater que cette tradition multiséculaire a de quoi fasciner les amateurs. En particulier, l'énergie qu'elle dégage est assez littéraire : elle se nourrit de sentiments très puissants. Peur, courage, pathos, soif de sang, tout y passe, se croise, s'entremêle en un sombre affrontement dont l'issue est réglée d'avance, ce qui ne fait que rajouter à son côté misérable. La tauromachie est un jeu cathartique : les aficionados se mettent à la place du torero et les opposants se mettent à la place du taureau. C'est là qu'intervient la seconde idée.

 
 
 
 

Je regardais un reportage sur la chorégraphe Blanca Li, qui a monté un spectacle où danseurs humains et robots sont ensemble sur scène. J'aime assez l'idée, même si les mouvements des robots en question sont sommaires, notamment pour la question qu'elle soulève, à savoir la place que nous donnons aux machines. Nous sommes scotchés à nos machines (on nous demande même de nommer nos téléphones portables), à nos robots, à nos constructions. Nous offrons des chiens mécaniques à nos enfants, nous nous surprenons à voir de l'ingéniosité dans un aspirateur téléguidé et regardons des films où les robots sont doués de raison, voire même d'humanité. Ces questions me fascinent, et j'avais évoqué la question de l'intelligence artificielle dans la toute première nouvelle du Projet Bradbury, Nouveau Message. Que mettons-nous de nous dans les robots ? Quelle place leur donnons-nous ? Est-elle exagérée ? Avons-nous tort d'éprouver de la pitié face à un robot détruit alors que nous sacrifions allègrement des milliards d'animaux chaque année sur l'autel de la consommation alimentaire ? Je n'ai pas de réponse toute faite, bien sûr... mais j'ai ma petite idée.

 

Toreador est, comme d'habitude, disponible au prix de 0,99€ chez Kobo, Smashwords, Apple, Amazon et Youscribe. Vous pouvez aussi et surtout vous abonner à l'intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. La couverture est toujours signée Roxane Lecomte.

 

Pour ceux qui ne souhaiteraient pas s'abonner, une première intégrale du Projet Bradbury a vu le jour. Disponible au prix de 9,99€ dans les librairies cités ci-dessus, elle regroupe les treize premières nouvelles. De quoi remplir les liseuses, tablettes et smartphones que vous avez trouvés sous le sapin.

Bonne lecture !