Traquer les pirates de livres, ou arrêter le numérique ?

Clément Solym - 26.08.2014

Lecture numérique - Usages - contrefaçon ebooks - piratage torrent - littérature photocopie


Depuis quelques semaines, la question du piratage revient, abordée par les auteurs, les éditeurs. Loin d'un effet de mode, les acteurs du livre manifestent, pour certains, une réelle inquiétude quant à l'avenir de leur travail. Nous avions évoqué dernièrement le cas de Sara Agnès L., qui avait fait la désagréable expérience de découvrir un de ses livres contrefaits. Kyrian Malone nous fait part aujourd'hui d'une tout autre approche.

 

 


 

 

Sara Agnès L. n'avait pas fait dans la dentelle. S'adressant au pirate, elle expliquait : « Aujourd'hui, quand je vois que tu te plais à mettre mes romans sur les serveurs de partage d'ebooks, ça me fait beaucoup de peine. Tu vois, quand je donne des histoires, c'est que j'ai envie de les offrir, pas de me les faire pirater. Du coup, quand j'ai vu que tu avais posté un livre qui était en lecture privée, que j'ai délibérément retirée de la lecture libre pour le corriger et le soumettre à un éditeur, ça m'a choquée. C'est pour ça que j'ai décidé d'arrêter de me battre et de cesser de partager mes romans. 

Tu vois, ton geste vient de coûter tous mes romans gratuits. » 

 

Kyrian nous explique avoir lancé depuis trois ans, la chasse aux fichiers pirates, « que nous traquons sur tous les sites de téléchargement ». Si les lecteurs participent, en signalant les liens indélicats, « depuis quelques mois, une personne est officiellement en charge de cette tâche ». Mais pour lutter plus activement encore, aucune des nouvelles publications proposées depuis la plateforme steditions, n'est disponible en numérique, « une décision qui concerne une dizaine d'œuvres depuis le début de l'année ».

 

Avec Jamie Leigh, Kyrian, a coécrit et autopublié une cinquantaine de titres lesbiens et gays. « Nous n'étions pas sûres de prendre la bonne décision, nous savions que de nombreux lecteurs ne suivraient pas, mais il fallait solutionner ces fuites incessantes... et les résultats sont sans détour. »

 

Depuis janvier 2014, même si le lectorat est restreint, les ventes papier ont augmenté. « À notre plus grande surprise, notre saga “Serial Killer” en dix tomes — dont huit tomes sont en numérique — a vu ses ventes des premiers tomes remonter en flèche depuis la publication du tome 9 en format imprimé» La solution est radicale, sans prémunir toutefois les auteurs des risques.

 

« Il suffit qu'un seul lecteur décide de photocopier l'un de nos titres pour le distribuer, mais la démarche est beaucoup plus complexe et vicieuse que celle d'envoyer un fichier à des amis pour recommander un auteur ou un titre. Photocopier un livre implique une réelle volonté de pirater, de nuire, ça sort du cadre du partage entre “amis” ou avec la famille », nous précise-t-elle.

 

L'une des raisons, avance-t-elle, pour expliquer que l'industrialisation du piratage ne les ait pas encore touchées et que des pirates équipés n'aient pas frappé, découlerait de ce que leur littérature « intéresse une minorité ». Cependant, ce revirement sur les nouveautés n'a pas été suivi par une suppression des ebooks déjà commercialisés. 

 

Que ce soit sur leur site, ou depuis Amazon, les fichiers déjà piratés restent en vente. « Ils l'ont été une fois, ils le seront à vie tant que ces sites de téléchargements ou de torrent existeront. Il faut se faire une raison sur ce point, il faut être prêt à sacrifier cette partie de notre travail. » Elles prennent également le parti de considérer qu'il s'agit d'un moyen de se faire connaître, d'assurer l'essentielle visibilité aux livres. « C'est un risque à prendre. Il y a des gens honnêtes malgré tout. Puis si les lecteurs aiment notre travail, ils iront d'eux-mêmes commander les formats imprimés pour se procurer les prochaines publications. »