TVA, piratage : Auteurs et éditeurs réclament l'aide du gouvernement espagnol

Nicolas Gary - 10.06.2013

Lecture numérique - Législation - Espagne - croissance de l'ebook - taux réduit de TVA


Le déclin des ventes, le piratage de livres numériques : autant de sujets qui font froid dans le dos pour les auteurs et les éditeurs espagnols. Et pour lutter contre ces deux éléments, les acteurs réclament des mesures juridiques efficaces, et dans le même temps, que le gouvernement mette en place un taux réduit de TVA pour les livres numériques. Des demandes qui ne datent pas d'hier.

 

 

Prefacio Bible in Spain en el Papyre

jmerelo, CC BY-SA 2.0

 

 

Depuis 2008, l'édition espagnole a perdu près de 40 % de son chiffre d'affaires, et tente de compenser ses pertes en basculant sur des approches technologiques nouvelles. À plusieurs reprises, les professionnels ont dû opérer des restructurations internes, mais dans le secteur plus globalement. Au cours de la 72e Foire du livre de Madrid, une table ronde portant sur la défense de la création est d'ailleurs revenue sur ces questions. 

 

Selon les données de GfK, l'année 2012 aura été celle du développement du livre numérique. On recense ainsi une multiplication par 6 des ventes, de 2 millions € en 2011 à 12 millions € pour 2012. Le prix moyen tourne désormais autour de 8,5 €, et devrait se stabiliser à 7,8 € en 2013. Soit deux fois moins qu'en 2011, où le prix était à peine plus bas que celui d'un exemplaire papier, à 14 €. Par ailleurs, l'étude salue l'effort des éditeurs espagnols, avec près de 30.000 références numériques désormais disponibles sur le marché. Et la croissance prévue d'ici à 2015 sera encore plus importante, avec 23 % de parts de marché estimées.

 

La question de la TVA, le PDG du groupe Planeta en a fait son cheval de combat. « J'ai dit au premier ministre et au ministre des Finances : cet été, si le problème n'est pas résolu, casadellibro.com partira à Paris, où la TVA est de 5 % », expliquait-il fin avril. La TVA sur les livres numériques était en effet passée à 21 %, contre 4 % pour les livres papier. De quoi mettre le grand patron en colère. 

 

Au cours de la table ronde, les intervenants se sont retrouvés autour d'un constat : l'Espagne est prête à stimuler le livre numérique, et apporter des modèles innovants. Son rythme de croissance est proche de celui de l'Allemagne, par ailleurs. Un nouveau portail de librairie a été présenté par la CEGAL (Confederación Española de Gremios y Asociaciones de Libreros), par lequel les acteurs entendent pousser plus encore les ventes. 

 

Or, cette question de la TVA est particulièrement douloureuse, et rend la concurrence difficile avec les autres acteurs européens. Et dans l'esprit des consommateurs, le dilemme se résout assez facilement : pourquoi payer trop cher, quand on peut tenter de trouver gratuitement les oeuvres ? Nuria Cabuti, PDG de Random House Mondadori, considère qu'il revient au gouvernement de faire les efforts législatifs nécessaires pour aider l'industrie. L'augmentation de la TVA ne fait, à ce titre, pas partie des mesures pertinentes.

 

Le grand portail des libraires, adapté pour fournir aux clients la plus grande des offres possibles, réunit pour le moment 300 établissements - qui représentent entre 18 et 20 % du marché du livre en Espagne. La volonté du CEGAL, est de présenter aux libraires un outil logiciel qui soit ancré dans la réalité du marché et des acteurs. Mais tant que les éditeurs n'auront pas la possibilité de diminuer le prix de vente, par l'intermédiaire d'une TVA réduite, le combat restera marginal. 

 

Lorenzo Silva, prix Planeta 2012, pour son roman, La marca del meridiano, fait ce constat amer : « Chaque fois que je vois un ebook à 14 €, cela me fait mal. Ça encourage l'anarchie et le piratage. Tout le monde sait que les diamants sont plus volés que les pommes de terre. La victoire, dans ce combat, s'obtiendra par la pédagogie, la persuasion, et sûrement pas par la répression. » 

 

La protection de l'industrie par l'État est demandée. Urgemment.

 

(via El Pais)