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Un dictionnaire des idées reçues du numérique s'écrit sur Twitter

Nicolas Gary - 24.06.2013

Lecture numérique - Usages - Twitter - idées reçues - Gustave Flaubert


Hier, par un dimanche soir thaïlandais, Mahigan Lepage, Twitternaute comme d'autres et auteur en quête de recherches littéraires lance un hashtag : #edéesreçues. Comprendre, ou plutôt prononcer i-dées reçues. Immédiatement, Flaubert vous monte à l'esprit et avec lui son dictionnaire. Plusieurs internautes regardent avec attention, et voilà que l'auteur est suivi.

 

 

Ah, cher Gustave...

 

 

C'est une improvisation littéraire et dominicale, évidemment, mais de ces recherches dont Twitter est friand. 140 caractères, et en avant les définitions.

 

 

 

« Ça vient bien sûr d'un énervement. On les entend tout le temps, ces phrases, et ce sont toujours les mêmes, infatigables. Il y a un moment déjà que je pense à Flaubert, qui faisait des livres entiers en montant les lieux communs de son époque. Je me disais qu'aujourd'hui, le même tissu était là, à disposition », explique Mahigan à ActuaLitté.

 

C'est que le web est devenu un « sujet de conversation », avec la faculté de canaliser « les idées reçues de notre époque (mais ce sont un peu les mêmes, encore : vitesse excessive du chemin de fer ou du web, même combat) ». Mais que l'on ne s'y trompe pas : « C'était une idée lancée comme ça sur Twitter, un dimanche de farniente thaïlandais... »

 

 

 

Quatre heures durant, et une quinzaine de messages plus tard, il se voit pourtant emboîter le pas

 

 

  

Et l'on suit alors le mouvement. Une vocation satirique, une filiation flaubertienne. « Certainement, oui. » C'est qu'il faut surtout « en rigoler, pour dépasser l'énervement. » Dans le même temps, il y a le plaisir de « faire des grimaces, renvoyer en miroir la bêtise. Les bêtes chez Flaubert, c'est partout, et ça renvoie au langage pré-ruminé : Bovary comme bovidé, les comices, etc. Combien de fois j'ai entendu des propos de gens sur les blogs qui n'en ont lu à peu près aucun, à part peut-être des blogs journalistiques. Pourtant, ils parlent, mais cette parole sans appui d'expérience, il faut bien l'emprunter au commun, pas le choix. Rien de nouveau, juste le sujet de conversation qui a changé ». 

 

 

 

 

"Combien de fois j'ai entendu des propos de gens sur les blogs qui n'en ont lu à peu près aucun, 

[...] cette parole sans appui d'expérience,  il faut bien l'emprunter au commun, pas le choix"

 

 

Alors, oui, le web va redoutablement vite. Depuis l'idée lancée « à la légère sur Twitter », une proposition de livre numérique déjà formulée et la question qui nous revient... Mais plus sérieusement, si l'écriture prend un aspect formel respecté, aucune trame dans l'ensemble de ces messages. « un mot en majuscule, point, puis les phrases, de deux types, comme chez Flaubert - citations directe et indirecte -, enfin le mot-clic. Il faut donc faire tenir ça dans 140 caractères moins #edéesreçues. Mais voilà où Tweeter a des affinités électives avec le format dictionnaire, par sa brièveté. »

 

Quant à un livre numérique... « Ça ne m'appartient pas, de toute façon, ce sont les mots de tout le monde ». 

 

Après la première journée dominicale, Mahigan Lepage est retournée à ses gazouillis, depuis la Thaïlande où tout a commencé. « Je ne sais pas combien de temps, ça tourne vite en rond, c'est le principe même du commun. » Durant la nuit, constate-t-il, d'autres « ont continué, et j'étais amusé de voir les croisements, les redites, qui sont la marque de l'idée reçue : deux tweets autour d'anonymat/pseudonymat, etc. ». 

 

 

« Ou hier, voir apparaître un tweet de @benoitmelancon sur la solitude alors que j'étais en train de rédiger la même entrée! Pas de groupe formalisé, je ne crois pas, mais c'est vraiment un fil contributif. Et attention, je phagocyte les tweets ! » 

 

 

L'aventure a commencé, elle durera le temps que les gazouillis manquent de force... ou sera submergée par l'enthousiasme.

 

On peut retrouver l'ensemble des gazouillis #edéesreçues et bien évidemment, y prendre part.