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Un Kindle incapable de menacer l'iPad selon les avocats d'Apple

Clément Solym - 09.03.2012

Lecture numérique - Législation - Amazon - Apple - Kindle


Amazon, une menace ? Et son Kindle, un cavalier de l'Apocalypse ? Jamais de la vie. En tout cas, les avocats d'Apple, donnant suite à la décision probable du Departement de la Justice américain de poursuivre la firme et les cinq gros éditeurs américains en justice, viennent de réagir. 

 

C'est que, l'une des grandes preuves de la possible entente sur la hausse du prix de vente des livres numériques repose avant tout sur la biographie de Steve Jobs. Walter Isaacson faisait ainsi dire à Jobs que « Amazon s'est planté », et le cabinet d'avocats lancés dans la procédure contre la firme de hurler au scandale, assurant qu'ils détenaient là un élément décisif.

  

Outre que brandir une biographie pour assurer que l'on tient son coupable - pas même une autobiographie - peut apparaître comme un peu léger, il sera tout de même difficile de faire témoigner Steve Jobs en cas de procès, pour s'assurer qu'il a bien tenu ces propos... 

 

Le cabinet Hagens Bergman n'en démordait cependant pas, et fier de son coup, avait même promis de nouvelles révélations. Au point que l'on commençait réellement à se demander dans quelle mesure Amazon n'était pas démasqué et n'officiait pas en sous-main dans cette tentative d'embuscade

 

 

 

 

Les propos de Steve Jobs, absolument invérifiables, et donc balayés par avance d'un revers de manche de la part de n'importe quel tribunal seront désormais appuyés par les premières déclarations des avocats. En effet, PaidContent vient de déballer quelques propos, particulièrement chargés de sens. 

 

D'un côté, ces derniers assurent en effet que dans la logique de vendre le plus grand nombre possible de livres numériques, difficile d'admettre qu'en augmentant le prix, on atteindrait le résultat escompté. Un point. Donc, la stratégie d'Amazon restait la plus pertinente. Deux points. Enfin, Apple arrivait bien comme un acteur complètement inexpérimenté dans un secteur où Amazon détenait 90 % des parts de marché. Trois points...

 

Or, toute la question est donc de savoir si le Kindle et son écosystème étaient bien des menaces à l'égard d'Apple. Ce n'est pas le lecteur ebook lui-même qui dérangeait, puisqu'augmenter le prix de vente des livres numériques n'aurait eu qu'une conséquence indirecte sur la vente des appareils, et encore, pas vraiment dans l'immédiat. Les avocats avancent pour leur part que ‘antitrust' est un terme sensible, et probablement un peu trop à la mode. De même que la théorie d'une menace Kindle est un brin abusive. 

 

« Ainsi, si Amazon incarnait une menace, qui devait être écrasée par le biais d'une conspiration illégale, pourquoi Apple autoriserait l'application Amazon sur iPad ? Pourquoi Apple conclurait que conspirer pour forcer Amazon à ne plus perdre de l'argent permettrait à Apple d'être plus compétitif [NdR : on considère avec facilité qu'Amazon vend les livres numériques ou papier volontaire à perte, sans en avoir cependant les preuves matérielles] ? Et pourquoi Apple estimerait qu'il est impératif de recourir à une solution illégale contre la «menace Kindle» quand il est arrivé avec une solution évidente et légitime - à savoir la commercialisation d'un dispositif multitâche (liPad) dont la mise en vente et le succès des ventes ne se sont pas concentrés sur les ventes de livres numériques ? » 

 

Les questions sont excellentes, nous vous remercions de les avoir posées, mais l'argumentation ne semble pas vraiment en mesure de tenir la route face à un tribunal, ni après plusieurs mois d'enquête. Si la rhétorique est bonne, Apple va en effet devoir faire face à un exercice de trahison en bonne et due forme. 

 

Il semblerait que plusieurs maisons d'édition tentent de trouver un accord avec le gouvernement américain, pour résoudre à l'amiable la question de cette possible entente, offrant en retour des preuves qui pourraient mettre en cause et valider l'hypothèse de l'entente.

 

C'est une méthode assez classique : on offre la protection policière au témoin-complice d'une exaction importante, à condition qu'il balance ses camarades de jeux... Difficile de croire que l'on puisse laver son linge sale en famille...