Un livre numérique sur deux disponible en offre pirate ? Pas si vite...

Clément Solym - 21.03.2014

Lecture numérique - Législation - piratage de livres numériques - contrefaçon - étude


« Qui vole un oeuf, vole un boeuf. Et qui vole un boeuf, vole un livre numérique », expliquait, voilà quelques années déjà, et avec beaucoup de sérieux, un des responsables du Salon du livre. Et si vous pensiez que, dans les ténèbres, personne ne vous entendait pirater, détrompez-vous. La société de lecture en streaming Youboox vient de présenter une brève étude. Les contrefacteurs vont sonner trois fois.

 

 

Piracy: it's a crime

liako, CC BY SA 2.0

 

 

Un sondage a été opéré : 100 titres numériques actuels passés en revue, et disponibles sur les plateformes traditionnelles, ont été examinés au cours de mars 2014. On constaterait 441 infractions au droit d'auteur pour 50 % des ouvrages pris en compte. 

 

« Le piratage des livres numériques ne touche pas seulement les Best-sellers et les auteurs connus. L'ensemble des œuvres numériques est atteint et ce phénomène risque encore de s'amplifier si les acteurs du livre ne réagissent pas. Il faut rapidement donner aux éditeurs un moyen d'agir contre ce piratage pour éviter que cet usage nes'installe »,  analyse Fabien Sauleman, co-fondateur de Youboox.  

 

Et Youboox de rappeler que le premier homme à avoir fait sauter le DRM d'un fichier PDF était Dmitry Sklyarov, en 2001. C'était en effet en juillet de cette année, qu'au cours d'une conférence, eBook's Security, le programmeur russe présenta Advanced eBook Processor (ElcomSoft), un logiciel en mesure de contourner les mesures techniques de protection mis en place par le firme Adobe. Poursuivi par la société, le FBI l'avait interpellé à l'aéroport, avant qu'il ne regagne la Russie. Intéressante histoire (voir Wikipedia)

 

La société Youboox établit d'ailleurs une étrange causalité, entre ce logiciel et une augmentation du piratage de livres. C'est oublier d'abord que le logiciel était légal en Russie, ensuite, qu'il n'est pas possible de présenter Dmitry simplement comme un pirate, sauf à travailler pour le FBI... Mais soit. Youboox note également : « Tous les types de supports et formats sont concernés EPUB, DRM, PDF, etc. Les sites de téléchargement ne manquent pas et les réseaux peer to peer ont largement accéléré le phénomène. » Le DRM, un format de livres numériques ?

 

Le SNE assurait en 2013, que 14 % des lecteurs d'ebooks reconnaissaient avoir piraté un livre. KPMG, dans son étude de mars, a montré que 71,4 % des éditeurs ont opté pour une solution visant à lutter contre le piratage (Adobe à 43,2 % ou marquage "watermark"à 36,4 %). « Des solutions qui ne semblent pas porter leurs fruits », conclut Youboox. 

 

 

 

 

Un ouvrage numérique sur deux serait donc piraté, avec une grande majorité de BD, 59 %, puis des ouvrages de science-fiction, à 23 % et les romans, à 14 %. 

 

Il ne faut pas prendre l'étude au pied de la lettre : un panel d'une centaine de titres, alors que l'offre légale serait de plus de 100.000 livres numériques en France, ne saurait être représentatif de ce que le piratage peut réellement être. Par ailleurs, si un ouvrage sur deux est réellement disponible en version contrefaite, cela n'implique pas non plus que les utilisateurs puisent dans ce vivier. 

 

Youboox a régulièrement mis en avant que l'offre streaming pouvait être une alternative intéressante pour lutter contre le piratage. Gageons que faire de petites frayeurs de temps à autre aide au commerce. C'est après tout sur ce modèle qu'une firme comme Attributor, qui se charge de détecter la présence d'oeuvres contrefaites, pour le compte d'éditeurs comme Hachette, a toujours communiqué.

 

En France, Hervé Rony, directeur général de la SCAM, soulignait, en octobre dernier, que le piratage n'est pas encore une véritable gageure pour les éditeurs, qui se sont hâtés lentement face à la « mutation redoutable du numérique ». 

Cependant, rien ne se passe aussi brutalement que dans la musique qui, elle, a été dès le début des années 2000, littéralement happée par le piratage en ligne. C'est une chance. Les lecteurs sont sans doute moins immédiatement attirés par les nouvelles techniques numériques d'appropriation des œuvres que le public majoritairement jeune et technophile de la musique.

Avec une double nuance cependant : non seulement le mouvement ne peut pas être inversé, et le piratage est particulièrement présent dans le monde de la BD. Et ça, ce n'est vraiment pas une information nouvelle...