Une arnaque à la lecture plombe l'offre d'abonnement Kindle Unlimited

Clément Solym - 20.06.2016

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Dans le monde merveilleux d’Amazon, le diktat est une méthode usuelle. Or, les interventions de la firme, à hue et à dia, deviennent parfois d’horribles casse-tête. Kindle Unlimited, le service d’abonnement illimité (sauf en France) fait face à une recrudescence d’arnaques, au détriment des auteurs. Les livres consultés rapportent une rémunération sur la base du nombre de pages lues... mais imaginons d’un côté un contenu totalement pourri et de l’autre, des robots chargés de consulter artificiellement les pages des livres... 

 

 

 

Tout semble avoir débuté en mars dernier : des ouvrages de 3000 pages, le maximum autorisé par KU sont apparus, remplis d’un contenu de faible qualité. Et en incitant les lecteurs à télécharger/consulter ces ebooks, les auteurs de l’arnaque ont pu se faire un peu d’argent de poche : à 0,005 $ la page, on fera le calcul... Sauf qu’en multipliant ces points d’entrées, les scammers parviennent à saper la qualité globale, tout en diminuant le fonds qu’Amazon alloue à la rémunération des auteurs. 

 

Pour s’assurer de faire naviguer les lecteurs, de force, les arnaqueurs introduisent des systèmes d’hyperliens dans le texte, qui amènent à de nouveaux chapitres, encore, et encore. Jusqu’à ce que l’on ait bouclé les 3000 pages, sans même avoir lu un seul mot : juste des links... On passe alors de la page 1 à la page 3000 en un instant, et, hop, voilà que l’on a gagné 15 $... 

 

Des administrateurs Amazon ont alors tiré la sonnette d’alarme, menaçant de représailles contre les impétrants. Or, comme la firme ne peut pas, avec son outil, définir le nombre de pages exactement lu, mais uniquement l’endroit du livre où se trouve le lecteur, l’escroquerie est parfaite. Elle démontre en outre les limites dans la surveillance de son service. Mais payer des escrocs qui ont trouvé une faille ne compte pas parmi les missions caritatives d’Amazon. Des mesures ont donc été prises – et silence radio absolu sur les solutions techniques pour lutter contre ce mal rampant. (via Observer)

 

Or, quelque temps plus tôt, Amazon avait également sévi contre des auteurs et éditeurs qui introduisaient à la fin de leur ouvrage la Table des matières – évidemment : pour savoir où se diriger dans le livre, il fallait accéder à la fin du document. Et à ce titre, l’ouvrage était donc entièrement lu, et la redevance pleinement perçue. Une autre stratégie pensée pour gonfler artificiellement les consultations de page, que la firme n’a pas longtemps laissée en vigueur. 

 

La pratique intervenait au détriment des auteurs qui proposent un contenu tout à fait légitime et honnête, en les privant de sources de revenus...

 

Ruiner un modèle économique et les auteurs au passage

 

Mais les scammers ne s’arrêtent jamais en si bon chemin : ayant trouvé la porte dérobée, c’est avec une armée de chevaux de Troie qu’ils ont débarqué. Sauf qu’à vouloir corriger le tir, la firme s’est mis le doigt dans l’œil à s’en gratter les reins. Des auteurs aux ouvrages tout à fait respectueux des règles se sont vus « bannis à vie de la vente sur Amazon », rapporte Pauline Creeden, l’une des victimes de la lutte anti-scam.

 

Et voici comment les auteurs se retrouvent à payer les pots cassés d’un service devenu passoire. À défaut de solution réelle et probante, on se retrouve avec des témoignages de personnes dont le compte a été supprimé, ne peuvent se réengager avec la société. Et l’unique moyen de se protéger serait, pour les écrivains, de supprimer tous les livres qu’ils ont inscrits au programme Kindle Unlitmited...

 

Car le comportement des bots est plus pernicieux encore : de fait, ils sont conçus pour ouvrir et lire de façon précise certains ouvrages, qui rapporteront des sommes plus ou moins élevées aux escrocs, et dans le même temps, ils puisent dans le vivier d’ouvrages tout jeunes et innocents. Les bots cherchent en effet des titres d’auteurs mal notés, ou situés en fond de classement, et parcourent leurs ouvrages, pour de couvrir leurs agissements.

 

Quand on est bon développeur, ce type de procédé ne coûte rien : l’ouverture d’un compte à 9,99 $, pour accéder de façon illimitée aux ebooks présents. Toutes les 3000 plages, l’escroc peut alors remporter 15 $. Rentable, rapidement, pour un coût minime. (via Digital Reader)

 

Une pareille débandade ne pourra pas advenir en France : au terme d’une médiation engagée dans l’interprofession, il est advenu que l’abonnement sous sa forme illimitée était contraire à la loi sur le prix unique du livre numérique. De la sorte, les opérateurs qui s’étaient lancés ont dû revoir leur offre pour les consommateurs.

 

Désormais, la souscription à un abonnement ne fait qu’offrir un crédit de lecture. Chaque page lue a-delà d’un certain niveau débite alors le crédit acheté, lequel devra être rechargé une fois épuisé.