Le cloud OneDrive de Microsoft, meilleur ami du pirate de livres ?

Nicolas Gary - 29.08.2014

Lecture numérique - Usages - piratage ebooks - livres numériques - Microsoft OneDrive


Il aura fallu près de cinq jours, depuis que ActuaLitté a dévoilé l'existence de la bibliothèque d'ebooks contrefaits, pour que l'espace de stockage OneDrive, le service de cloud de Microsoft, soit rendu inaccessible. Mais en cinq jours, difficile de mesurer l'impact que cette offre open-bar d'ebooks illégaux – dans son immense partie – a pu avoir. Les éditeurs frappés ne manquaient pourtant pas.

 

 

 

Gallimard, Seuil, Minuit, Albin Michel, POL, Grasset, L'Olivier et d'autres encore : le cloud de Microsoft disposait d'une solide offre de livres numériques piratés, tous genres confondus, avec plusieurs titres de la rentrée littéraire. Le service d'hébergement dans le nuage de Microsoft recelait de plusieurs milliers d'ouvrages : en tout, près de 7 Go de données à télécharger, de quoi remplir jusqu'à ras bord, son appareil de lecture.

 

Ce qui avait étonné les différentes personnes que nous avions sollicitées, c'était l'ampleur de ce piratage. François Bon posait à ce titre les questions les plus désagréables à entendre : 

 

 

 

L'ensemble regroupait en effet plus de 3300 livres numériques, tous en format EPUB, un volume considérable, et nos interlocuteurs l'avouaient, « c'est du jamais vu encore. Marc Levy va certainement savourer de voir que tous ses livres sont disponibles, une fois de plus, sur le réseau ». 

 

Le piratage est une affaire très contemporaine, liée à l'essor évident des appareils de lecture, autant qu'à la facilité d'accès, et de téléchargement. Mais François Bon soulève le juste problème : « et curiosité annexe : alors que le bashing Amazon devient une sorte d'exercice de bonne conscience nationale, alors que jamais on n'a vu une opération de telle ampleur et sous serveur parfaitement public, au lieu des habituels “torrent” et sites sous le manteau, aucune réaction de ces gens de la “chaîne du livre”. »

 

Ce qui peut également apporter de l'eau au moulin, c'est cette annonce réalisée en juin dernier, par Microsoft France, portant sur le service de Cloud. La capacité de stockage avait en effet été étendue à 15 Go, avec une baisse des prix sur les formules payantes. « Les utilisateurs bénéficieront d'une augmentation de l'espace de stockage gratuit et de réduction de prix sur l'offre payante. Les abonnés Office 365 pourront disposer de 1 To inclus par utilisateur », se félicitait la firme. 

 

Or, depuis février, les utilisateurs OneDrive disposent d'un supplément pouvant aller jusqu'à 5 Go, dans le cadre du parrainage d'amis, nouveaux utilisateurs. Est-ce à dire qu'en mettant à disposition des solutions de stockage et de partage plus importantes en volume, le risque de voir ces bibliothèques augmente ? Plusieurs éditeurs numériques passent par des solutions de cloud comme Dropbox pour faciliter les services de presse, à destination des journalistes ; en fin de compte si l'outil a un usage professionnel régulé, rien n'empêche le grand public de s'en servir.

 

Nous attendons une réaction de la filiale française de Microsoft, pour comprendre comment la bibliothèque pirate a pu sévir aussi facilement.

 

Toutefois, si le compte OneDrive a été désactivé, le site associé est toujours bien actif, mais n'offre pas de liens de téléchargements. Et pendant ce temps, l'idée d'une rentrée numérique piratée a fait des émules : un package de 20 titres de la rentrée contenant plusieurs auteurs très prisés des médias est désormais mis à disposition. 

 

Adam, Olivier — Peine perdue 

Brisac Genevievedans — Les yeux des autres

Butler, Nickolas - Retour a Little Wing 

Chevrier Jean-Marie — Madame

Cusset Ccatherine — Une éducation catholique 

Delacourt, Grégoire — On ne voyait que le bonheur 

Deville, Patrick — Viva 

Divry, Sophie — La condition pavillonnaire 

Donner Christophe — Quiconque exerce ce métier stupide

Emmanuel Carrere — Le Royaume

Fabre Dominique — Photos volées

Foenkinos, David — Charlotte 

Lamb, Wally — Nous sommes l'eau

Mathias Menegoz — Karpathia 

Nothomb, Amélie — Petronille 

Philipp Meyer — Le Fils

Reinhardt, Eric — l'amour et les forets

Salter James — Et rien d'autre

Thomas Pynchon — Fonds perdus 

Vuillard, Eric — Tristesse de la terre

 

 

La guerre continue, et nul doute qu'elle ne cessera pas.