Vendre des ebooks en français dans le monde entier, vaste chantier

Antoine Oury - 13.11.2015

Lecture numérique - Usages - vente ebooks monde - librairie livre numérique - étranger DOM TOM


Les difficultés d’accès aux livres numériques qui touchent les citoyens de l’Outre-Mer et les Français expatriés sont connues depuis longtemps. Il est temps de les prendre à bras le corps : pour commencer, le Bureau International de l'Édition Française (BIEF) a chargé Virginie Rouxel, ex-Labo de l’édition, d’effectuer une série d’entretiens avec les acteurs concernés, afin d’identifier les problèmes, et de commencer à proposer des solutions.

 

Martinique Colors

Martin Varsavsky, CC BY 2.0

 

 

Un premier aperçu des résultats de l'étude commandée par la commission numérique du Syndicat National de l'édition au BIEF a été proposé à l'audience des Assises du livre numérique, ce vendredi 13 novembre, avant la publication d'une synthèse en fin d'année. La première question est assez simple, concède Virginie Rouxel : « Peut-on acheter partout dans le monde des livres numériques en français ? » La réponse l'est moins : 12 entretiens ont été menés, avec 4 éditeurs/diffuseurs/distributeurs, 6 revendeurs nationaux et internationaux, et 2 solutions en marque blanche/libraires, « ce qui est suffisant pour un aperçu, mais pas pour une vue exhaustive de la diffusion ». Pour affiner les résultats, le BIEF et le SNE ont mis en place un questionnaire en ligne, à l'attention des intéressés.

 

Le français est présent sur les 5 continents, regroupe des locuteurs « au quotidien » et d'autres dont c'est la langue professionnelle. On compte par ailleurs 2 millions de citoyens français dans les DOM-TOM et 3,5 millions de Français de l'étranger. En 2015, les catalogues de livres en français sont présents dans de nombreux pays, des États-Unis au Japon, en passant par le Liban, la Chine, la Turquie, la Nouvelle-Zélande... Mais tout n'est pas si simple : de nombreux éléments empêchent encore une diffusion optimale.

 

Le premier se trouve du côté des revendeurs, qui considèrent parfois le monde à travers le prisme du marché : une partition commerciale du monde est effectuée, avec parfois quelques anomalies. La Guyane est ainsi rattachée à la devise du dollar. Par ailleurs, les éditeurs eux-mêmes considèrent le monde selon différentes zones contractuelles, notamment pour la vente de droits : les revendeurs doivent ainsi négocier avec des éditeurs belges, suisses, québécois, ou avec des filiales francophones de maisons françaises, ce qui peut retarder la disponibilité de certains titres.

 

Les taxes et la TVA ne tardent pas à se manifester : « Depuis janvier 2015, en Europe, la TVA de destination s'applique, c'est-à-dire celle du pays supposé où a eu lieu l'acte d'achat », explique Virginie Rouxel. Ce qui n'empêche ni la trentaine de taux différents, ni les difficultés inhérentes au calcul du taux de TVA applicable en fonction de la localisation de l'acheteur... Cette géolocalisation reste problématique pour les petits revendeurs, mais elle constitue un élément décisif dans « la bonne gestion des exclusions territoriales en matière de droits, les prix et les taxes », note Virginie Rouxel.

 

La gestion des devises mondiales relève également de la gageure pour certains revendeurs, si l'on considère les complications financières créées par les fluctuations incessantes des taux de change. Enfin, la qualité des métadonnées semble constituer le point le plus crucial : « Les efforts effectués pour constituer une offre de livres en français la plus large possible ne servent à rien si les métadonnées sont approximatives », assure Virginie Rouxel. Certains opérateurs signalent des manques ou des anomalies dans les catalogues, mais l'absence de ces éléments peut priver toute une population de lecteurs.

 

Parmi les solutions évoquées pour améliorer la portée des catalogues français, Virginie Rouxel recommande un travail sur le développement des standards, ainsi que la sécurisation des droits mondiaux pour les catalogues en langue française. Par ailleurs, il revient aux éditeurs de définir un traitement standardisé des DOM-TOM qui puisse être adopté par tous les revendeurs : des erreurs produites par des traitements très différents d'un revendeur à l'autre seraient ainsi éliminées. Du côté des libraires, le développement d'une solution interprofessionnelle, capable de gérer la vente numérique à l'international, est réclamé par les revendeurs.

 

Les difficultés d'accès de certains lecteurs français durent depuis près d'une décennie : « Il faut penser l'usager numérique », exhorte Virginie Rouxel. « Je n'ai pas parlé de client volontairement, parce qu'il faut aussi penser le marché comme un service que l'on déploie. » Service que les consommateurs s'approprieront une fois créé.

 

 

 

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