Watermarking : contre la surveillance outrancière des acheteurs d'ebooks

Nicolas Gary - 28.08.2013

Lecture numérique - Législation - Pays-Bas - piratage - filigrane


II fallait être néerlandais pour savourer l'échange qui s'est déroulé hier sur Twitter entre le service Bol.com, fournisseur d'ebooks, et le Parti Pirate des Pays-Bas. Mais la substance, à la lumière de l'actualité récente, se révèle assez facilement : le watermarking qui surveille les utilisateurs ne fait plaisir à personne. 

 

 

Pirates!

Pirates contre corsaires ?

eschipul, CC BY SA 2.0

 

 

Voilà quelques semaines, un partenariat inédit a été passé entre eBoekhuis, plateforme de vente d'ebooks et la fondation BREIN, qui se charge de vendre des livres numériques aux Pays-Bas. Le principe est simple : introduire des filigranes spécifiques sur tous les fichiers achetés, pour mieux contrôler sur les réseaux ce que les clients pourraient en faire.

 

 

Et les données ainsi générées seraient conservées durant deux années, pour mettre un peu plus la pression sur les consommateurs, qui ne se sentiraient pas encore assez une âme de vache à lait. 

 

La société BOL.com, un ebookstore néerlandais avec une grande ambition, s'est  fâché écarlate contre une pareille méthode. « Nous ne partagerons pas les données clients avec la fondation BREIN. » C'est net et sans appel. Une déclaration qui intervient alors que Tim Kuik, directeur de la BREIN, a confirmé qu'un grand nombre d'ebookstores dans le pays s'étaient engagés à jouer le jeu de la surveillance des fichiers. 

 

Ce dernier promet également que la surveillance des réseaux, vis-à-vis des téléchargements, doit aussi s'exercer aujourd'hui sur les personnes qui mettent les fichiers originellement à disposition. Et qu'un contrôle efficace de l'upload ne peut passer que par la vérification de l'origine des fichiers. 

 

Manifestement, l'industrie du livre a mandaté un expert juridique pour s'assurer que le projet était en tous points conforme avec la loi sur la protection des données. À ce titre, le projet de partage des informations entre les plateformes de ventes et la BREIN ne contreviendrait donc à aucune législation. 

 

Si de son côté, BOL.com promet de ne pas céder à la pression de la BREIN, on ignore quelles pourraient être les répercussions pour le site marchand - ni quelles pressions les éditeurs pourraient exercer contre l'ebookstore. On sait aujourd'hui que la Book Huis, la société qui est à l'origine de eBoekhuis, fournit 2500 magasins dans le pays ainsi qu'en Belgique, pour ce qui est des livres. 

 

L'organisme chargé de la lutte contre le piratage aux Pays-Bas a mis en place son accord dévoilé le 14 août dernier. Le fichier acheté sera identifié par un watermark, appelé aussi tatouage numérique. Celui-ci représente un indicateur, visible ou invisible, qui rend le fichier unique, puisqu'associé à des données de son acheteur. Dans le cas des Pays-Bas, le watermark sera plus étroitement lié au compte du client.

 

Le watermark est une méthode à double tranchant : certes il est moins contraignant que le DRM, qui limite les usages et contraint le client. Mais le watermark reste une épée de Damoclès, servant de prise d'otage : la confiance faite au consommateur est toute relative, et la présence du filigrane pousse à l'autocensure. 

 

Il y a finalement plus à redouter encore de voir un fichier contenant un tatouage numérique, car il induit une nouvelle relation au livre. Que l'on empêche par un verrou de prêter, c'est une chose, que s'exerce une pression qui va m'obliger à une forme de censure en est une autre.  On peut cependant parler de responsabilisation des clients : il ne faut pas prêter un fichier n'importe comment, pour éviter de se faire tomber dessus, avec en prime une accusation de partage illégal. C'est sur ce point que les Pays-Bas ont décidé de porter le fer. Toute transaction réalisée associera donc le fichier numérique à un filigrane spécifique, lié à un numéro de transaction.