06h41 : retrouvailles silencieuses à bord du Troyes-Paris

Xavier S. Thomann - 25.03.2014

Livre - Train - Troyes - Rupture


Le train de 06h41, départ Troyes, arrivée Paris. Le lieu du dernier roman de Jean-Philippe Blondel qui sort ces jours-ci en poche, chez Pocket. Pour la plupart des passagers, le voyage est synonyme de retour au travail après un week-end en province. Cécile, quarante-sept ans, y prend place pour rentrer à Paris après quelques jours pénibles chez ses parents. Philippe se rend à la capitale pour être auprès de son meilleur ami, gravement malade.

 

Cécile et Philippe se connaissent, mais ne se sont pas vus depuis vingt-sept ans et leur rupture, particulièrement brutale. Le hasard les place l'un à côté de l'autre dans la voiture. « J'aurais pu prendre le 07h50 – ou même le 08h53 », se dit Cécile. Vont-ils se parler ? Comment vont-ils renouer les liens ? Qui fera le premier pas ? 

 

De ce pitch digne d'une bonne comédie romantique américaine (ou français d'ailleurs, on peut songer au récent Amour et Turbulences), Jean-Philippe Blondel tire un récit qui se veut réaliste, sur la vie et ses déceptions, grandes ou petites. Alors que le train s'ébranle, les deux protagonistes n'ont pas encore échangé un seul mot. 

 

Philippe a honte de son comportement, même plus d'un quart de siècle après les faits. En amour, il n'y a pas prescription, semblerait-il. Cécile ne sait pas comment aborder la situation. Lui parler serait lui pardonner, or elle a bien du mal. Ils tentent d'observer l'autre discrètement, histoire de mesurer le passage du temps. 


S'installe alors pour une grande partie du voyage un double monologue intérieur. On passe de l'un à l'autre, des réussites professionnelles de Cécile aux déboires sentimentaux de Philippe. Le romancier scrute ses personnages. Chacun ressasse le passé, porte un regard lucide et désabusé sur sa vie. Ce qui fait dire à Cécile : « Pourquoi est-ce que je m'englue dans le passé, alors que je devrais aller de l'avant, courir dans l'allégresse, avoir envie de la suite ? » 

 

Forcément, les regrets eux aussi refont surface. « Nous ne savions pas que nous aurions pu faire un amalgame réussi, un de ces couples qui se comprennent intimement et se jettent des regards entendus quand quelqu'un d'autre pérore»

 

06h41 est un huis clos ferroviaire bien mené et pertinent malgré quelques passages un peu convenus. Le lecteur n'est pas forcément surpris par ces deux personnages, mais leurs doutes et leurs états d'âme sont retranscrits avec efficacité et l'on se laisse facilement entraîner.