10 000 litres d'horreur pure Thomas Gunzig

Clément Solym - 05.12.2007

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Le cinéma s’est largement attribué une part de la littérature d’horreur, de par la facilité de l’image. Ce n’est pas sans peine que la littérature pouvait tenter de regagner ce qu’on lui avait dérobé : le feu sacré de l’angoisse, la transpiration de la peur, le caleçon humide d’urine de frayeur. Oh, certes, il existe dans ce domaine de jolis noms qui n’ont pas à redouter l’image, puisque le cinéma pioche largement dans leur imaginaire. Je pense notamment aux Stephen King, aux Clive Barker et consorts. Ajoutons Lovecraft pour ne pas faire insulte à son œuvre, même si aujourd’hui, un poulpe/pieuvre/calamar géant du nom de Cthulhu porte plutôt à rire.

Tous ces univers que l’on aura classé dans un rayon confiné de la littérature, interdite aux enfants ou reservée à un public aux tripes bien accrochées, appartiennent à ce que l’on a facilement nommé une sous-culture, mais qui rattrape largement aujourd’hui ses détracteurs au point de gagner ses lettres de noblesse. Grâce en grande partie aux cinéastes, scénaristes etc., nourris de cet imaginaire. Rappelons juste que Peter Jackson, aujourd’hui adulé pour sa trilogie des Anneaux, avait en 19857 commis Bad Taste puis récidivé en 1992 avec Braindead. Soit…

10 000 litres d’horreur pure, c’est un hommage, trop humblement qualifié de modeste à ces univers gore, visqueux, dérangeants, parfois poisseux mais souvent hilarant. Patrice s’est réfugié derrière ses études de chimie pour oublier son physique ingrat, son pucelage et ses 20 ans de complexes et de masturbations. Il garde un ami, Marc, amateur de tir à l’arbalète et amoureux d’Ivana, qui s’est lancée dans le droit.

Mais Patrice a aussi de la famille : un père, une mère et Tante Micheline, vieille femme à la vague parenté. Il avait aussi une sœur. Handicapée. Et muette. Un vrai poids mort. Mais elle a disparu. Un soir où ses parents avaient emmené la petite famille en vacances près d’un lac, dans un bungalow appartenant à Tante Micheline. Il n’était pas bien vieux, Patrice, et depuis il n’y avait pas remis les pieds. Il avait perdu sa sœur là-bas, mais pour fêter les fin des examens il propose tout de même à Marc de venir y passer le week-end.

Et ce blaireau de Marc ne trouve rien de mieux que d’inviter ce gosse de riche de JC et sa pouffiasse en fac de psycho, Kathy. Voilà comment on réunit cinq étudiants et qu’on les expédie direct dans le fond d’un bois, loin de la civilisation, où l’on élève des races de chats tueurs, avec un lac à proximité et des cadavres plein les placards. Et la baignoire. Oubliez jamais de vider l’eau de la baignoire, bande de malheureux…

Pour JC, c’est tout bonheur ! Le week-end servira à se défoncer à la tête à tout ce qu’il a apporté, et facilitera l’expérimentation de la sodomie sur Kathy – l’herbe dilate l’anus, a-t-il lu, ce qui ne gêne manifestement pas l’intéressée. Pour Ivana et Marc, ce sont des retrouvailles après des examens longs qui les ont tenus éloignés quelque peu, l’un de l’autre. Et pour Patrice, ce sera l’occasion d’une humiliation supplémentaire.

Sauf qu’on beau milieu de la nuit, un bruit… Et JC va voir. Puis Kathy. Puis Marc sur les prières d’Ivana. Patrice, lui, dort pour oublier. Et le corps frigorifié fraîchement sorti du lac de JC, il est en hypothermie pour refroidir ses ardeurs ? D’ailleurs, vu que Kathy est introuvable, plus besoin de la calmer le gamin. Et c’est forcément le moment où Ivana se sent pousser des ailes de sauveuse du monde et embarque Patrice à la recherche d’un téléphone, tandis que Marc veille sur JC. La suite ? Mmmh… bien croustillante !
On ne va pas prendre des pincettes, ce livre recense tout ce qui se fit de clichés, de références et de clins d’œil à l’univers susdit de l’horreur, mais avec une connotation bien cinématographique. On s’attend à tout moment à ce que surgisse ex nihilo tel ou tel monstre du ciné, comme un Jason, un Freddy et autres Michael Myers. C’est peut-être l’un des défauts que les amateurs repéreront rapidement : on sait ce qui va se passer deux ou trois pages à l’avance.

Mais Thomas tire son épingle du jeu avec un style efficace et rapide, qui ne s’embarrasse ni de descriptions longuettes ni de détails absolument pas destinés à servir l’intrigue. La psychologie de ses personnages frôle le ras des pâquerettes, et s’ils disposent d’un chouia de profondeur, c’est pour les ancrer au mieux dans des stéréotypes fumants et bien connus.

Alors de quoi crier au génie ? Sûrement pas, mais de quoi offrir une bonne tranche de « gore » à qui en manquait en cette période de disette (désolé Thomas, mais La Colline a des Yeux, j’ai franchement pas aimé…). Le dénouement ne sacrifiera pas aux indispensables revirements qui donneront un rythme encore plus poisseux au tout. C’en devient parfois écœurant, pour le plus grand plaisir du lecteur accroché au récit, les yeux globuleux de savoir qui va mourir et surtout comment ! Et l’on allait presque en omettre les illustrations ponctuelles d’un grand malade du nom de , qui ne vont pas sans rappeler Philippe Foerster…

Âmes sensibles, s’abstenir définitivement. Aficionados, quittez votre lecteur DVD : ce livre, vous l’attendiez !