33 révolutions : le disque rayé

Cécile Pellerin - 07.10.2016

Livre - Littérature cubaine - La Havane - mélancolie


Composé de 33 courts chapitres, l'unique roman du petit-fils du Che, révèle Cuba, libère une atmosphère très réaliste de l'île, entre ironie, absurdité et désenchantement.

 

"Un univers qui n'en finit pas de s'effondrer".

 

D'une tonalité surprenante, comme détachée de toute émotion, presque terne, il exprime avec précision le quotidien d'un jeune homme à la Havane, sans perspective d'avenir, enfermé dans une routine, un ennui répétitif.

 

 

 

Sans parti pris héroïque, sans esprit de révolte affirmé, il offre à son personnage une envergure ordinaire, assez triste, presque insignifiante mais précisément attachante car inhabituelle, peu conforme aux effets romanesques. "Il se sent vieux, maigre, sale, paumé."

 

Et derrière cet effacement, c'est la ville qui prend irrémédiablement possession de l'intérêt du lecteur, par les odeurs, la chaleur moite et maritime, le patrimoine délabré, la promiscuité et la saleté, les difficultés économiques, l'embargo, la corruption, une bureaucratie idiote, les contrôles policiers et les rumeurs incessantes en absence de liberté de la presse ou encore les rythmes musicaux entêtants de salsa ou de rumba, aussi incontournables que le rhum ("l'espoir du peuple") ou le tabac.

 

Une ambiance, des sensations immédiatement perceptibles, pénétrantes, stimulées par une écriture laconique et sans effets ni équivoque. Une description objective, quasi documentaire.

 

Le désarroi est la seule certitude

 

 

Une promenade désabusée à travers la Havane, concrète, où chacun se débrouille lorsque tout manque, où plus rien n'a vraiment de sens, ni l'amour ("depuis la séparation, il a décidé qu'il ne mettrait plus une femme dans son lit"), ni le travail ("huit heures consacrées au néant"), où même la fuite à bord de radeaux de fortune semble dérisoire et vaine.

 

L'Histoire nous emporte […] Nous avons été incapables de la transformer,

et elle nous présente la note.

 

 

Si le récit est noir, mélancolique et amer, paraît être le reflet d'une société immobile, désabusée et anéantie, en plein chaos, il demeure un mouvement, celui de la mer, qui le débute et l'achève et empêche que tout se fige complètement. "La mer est attirante, comme l'infini…"

 

A l'issue du roman, une courte autobiographie de l'auteur par l'auteur (décédé en 2015), un extrait du livre "Les Héritiers du Che" et une interview (2005) menée par Daniel Pinós apportent quelques précisions sur cet écrivain, "le petit-fils du tee-shirt", musicien, photographe et anarchiste.


Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre : litterature...
Total pages : 112
Traducteur : rené solis
ISBN : 9791022604550

33 révolutions

de Canek Sanchez Guevara

Un trentenaire désabusé traîne son spleen à La Havane, entre son bureau et le Malecón… L’espoir se fait rare, la vie est un disque rayé. Rhum, salsa, tabac, et parfois un détour chez la Russe du neuvième étage. Il fait une chaleur criminelle et la révolution semble s’être oubliée au milieu du gué. Seule la mer, au loin, promet encore quelque chose… Canek Sánchez Guevara, petit-fils du Che, fait vibrer Cuba comme jamais : le désenchantement s’écrit dans une langue intense, hypnotique, et la crise des balsas est prétexte à un formidable hymne à la liberté.

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