66° Nord : on va se les peler ? de Michael Rudpath

Clément Solym - 10.11.2011

Livre - Islande - banquiers - morts


L'Islande... pas vraiment l'autre pays du fromage. Pas vraiment non plus connue pour ses coffee shops, ses bars de nuit ni son quartier rouge, et les canaux concentriques autour de son port. Bref, l'Islande n'a rien à voir avec les Pays-Bas.


Oui, mais l'Islande était le pays invité d'honneur de la Foire du livre de Francfort, et un peu comme la Suède depuis que l'on a découvert Stieg Larsson, c'est plutôt bien vu d'avoir des auteurs locaux dans son catalogue. Sauf qu'il n'en est rien : Michael est originaire du Yorkshire, a étudié à Oxford, et devint trader à la City. De quoi lui donner un peu de fond pour ses polars toujours avec une trame financière.

 

Et pour le coup, c'est justement en Islande que le polar va prendre place, en pleine capitale du pays - en même temps... le reste du territoire n'est peut-être pas propice. C'est l'histoire d'un premier directeur de banque qui est assassiné par un groupe de contestataires ivres et bien chauds. C'est l'histoire d'un second directeur de banque, assassiné huit mois plus tard... Ce qui commence à poser problème.

 

Magnùs Jonson, « inspecteur américain d'origine islandaise » va se précipiter dans l'enquête, pour savoir ce qui peut bien se passer dans son ancien pays. Et découvrir, évidemment, quelques troubles secrets de l'histoire de sa famille. Direction les grands froids et les drames familiaux, traduits par Anath Riveline...

 

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Alors là, c'est du plongeon directement dans le pathos et le sordide. Un suicide, causé par une faillite financière, et voilà qu'une jeune femme, pieds dans la neige, et par - 20° se retrouve veuve d'un mari qui a cru être plus malin que la Bourse.

 

Plongée aussi à pleines bottes dans une saga familiale de fermiers, de responsabilité, d'honneur et de force morale. Matti se tire une balle pour avoir ruiné sa famille, et laisse Freyja avec leurs enfants, et la banque sur les talons. C'est du Zola, mais version spéculation boursière, avec les morts qui s'ensuivent, comme de bien entendu. Le texte est rapide, efficace, phrases courtes et solides. Le rythme de cette retrospective est bien tendu, et ça ne manque de rien.

 

Il devait tout de même faire plus chaud dans les mines de Germinal. Mais pour le coup, les pieds dans la neige, ça doit aider à garder la tête froide ?

 

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Après la séquence familiale d'émotion, c'est maintenant plus vers l'action que l'on se tourne. Il faut se débarrasser d'un corps - celui de notre directeur de banque ? - et trois personnes, deux hommes une femme, s'y collent. Le plan est bien manigancé, faire diversion pour que l'on puisse balancer le cadavre à la mer.

 

C'est un peu frustrant de ne pas savoir qui a été tué, ni pourquoi. Allez, à tout prendre, ça n'a rien d'ultra glauque, juste une petite scène ‘Mais on fait quoi avec le macchabée' ? Bon, dans l'idée, si quelqu'un tente de se débarrasser d'un corps, c'est qu'il a quelque chose à cacher, voire à se reprocher. Donc nos trois lascars ont des soucis, dont ils voudraient bien se débarrasser...

 

Dialogue bien mené et enjeux faciles à dégager... La scène pourrait cependant se dérouler n'importe où dans le monde, pas question d'y trouver de la couleur locale - sortis des prénoms et des lieux, bien insolites, bien islandais.

 

Sans splendeur particulière, mais sans grossières erreurs, les deux extraits n'ont rien de particulièrement bien léché, mais pour qui aurait envie d'un peu de dépaysement islandais, à 66° Nord, l'atmosphère et l'ambiance sont là. Maintenant, suffit-il de mettre quelques noms exotiques pour camper une intrigue en Islande ?

 

À vous de nous dire.

 

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