760 générations : un ado connecté

Cécile Pellerin - 07.08.2014

Livre - Littérature jeunesse - amitié - adolescence


Dans un monde hyper connecté, où l'accès à n'importe quelle information est désormais disponible sur téléphone portable sans droit de regard ni contrôle parentaux, nos enfants ne semblent plus protégés par leur âge ni même par leur innocence et s'immergent violemment parfois dans des ambiances pourtant exclusivement réservées aux adultes. C'est ce qui arrive à l'un des protagonistes de ce petit livre pour la jeunesse (accessible dès 11 ans).

 

Florian, collégien plutôt classique, un peu frimeur et éveillé, hardi, plutôt grande gueule mais pas voyou. Issu d'un milieu social  assez favorisé, d'un couple mixte (le père est Allemand, « traducteur technique free lance »), l'enfant ne maque de rien matériellement (télévision dans la chambre, ordinateur, portable) et occupe son temps libre au cœur d'images en tous genres, sans surveillance accrue, malgré un père souvent présent puisque en télétravail et sous le regard amusé d'un frère aîné « qui vient le chercher en mob à la sortie des cours. »

 

« Florian porte des fringues de marque. Il a une Smartphone de dernière technologie. Et le langage d'un mec du neuf-trois. »

 

Un mode de vie attirant, pour Lucas, le narrateur du même âge, dépossédé de télévision (« A la maison, on n'a pas de télé. Mes parents disent que ça rend débile ») et de téléphone portable, fils unique (pas pour longtemps), troublé par les changements de son corps, malhabile avec les filles et en admiration devant la désinvolture de son camarade, lui, timoré et sérieux. « J'ai conscience de paraître avoir le QI d'une tong, avec ma tête d'ahuri ». Soudain, grâce à ce nouvel ami,  les cours deviennent moins ennuyeux et la vie ne manque pas d'intérêt et de piment.

 

« L'une des blagues favorites de Florian est de dégrafer le soutif des filles par une torsion ».

 

 

 

Une amitié sincère décrite dans un style contemporain, des expressions familières mais jamais vulgaires, plutôt drôles (« reste détendu du slip » «  la sensation magique a fait escale dans mon caleçon ») où les deux garçons confrontent leur éducation, bravent l'interdit, découvrent les filles, oscillent entre comportements maladroits, parfois odieux ou plus naïfs et tendres et, progressivement, s'émancipent de l'enfance.

 

Pas de morale clairement énoncée, juste la description d'une réalité actuelle  d'une jeunesse qui échappe parfois à la bienveillance des parents. C'est incisif, sans grande gravité même si les situations évoquées ne sont pas toutes amusantes et offrent la possibilité au jeune lecteur de s'interroger sur ses propres attitudes à  l'égard des filles ou du portable et de ses usages transgressifs notamment ou encore sur l'arrivée tardive d'un frère dans la famille et la crainte d'un déménagement. « Une trahison. Je me trouve bien en fils unique […] Les autres au collège ont des frères et sœurs de leur âge.»