A Cathouse, les notes noires et blanches jouent encore les rêves du jazz

Mimiche - 17.01.2019

Livre - Jazz photos enregistrements - Pannonica de Koenigswarter - Buchet Chastel


LIVRE D’ART – J’ai découvert Pannonica de Koenigswarter par hasard. Visiblement un personnage hors du commun puisqu’elle échappera à l’emprise de la branche anglaise de la famille Rothschild pour mener une vie de liberté dans le milieu éclatant du jazz tout au long d’une bonne partie du XXème siècle. 
 

 
J’ai donc découvert Pannonica de Koenigswarter par hasard. Le hasard du Jazz qui a fait que j’ai reçu en cadeau le monumental Monk ! de Youssef Daoudi.  Munie de ce prénom, prédestiné à la liberté, que lui a donné son père après avoir découvert une nouvelle espèce de papillon en Hongrie (« banquier par devoir, entomologiste par passion »), après des études artistiques et bercée par les disques de jazz de son frère Victor et les rencontres que, grâce à lui, elle fait, elle se passionne pour cette musique.
 
Mais Pannonica est une passionnée de tout : c’est d’ailleurs sa passion de l’aviation et l’apprentissage du pilotage qui forgeront sa rencontre avec son futur mari dont, malgré leurs enfants et leur attachement réciproque, elle se séparera car elle ne supporte pas les obligations liées à la carrière de diplomate de ce dernier.
 
Cette séparation sera le début de la plongée définitive dans le jazz qui lui fera rencontrer les plus grands génies, et tous les autres aussi, tous ces musiciens qui ont consacré leur vie à leur instrument et auxquels elle va elle-même se consacrer. Jusqu’à acheter une maison dans le New Jersey, (surnommée Cathouse du fait de la colonie de chats qu’elle abritait), face à Manhattan et au fleuve Hudson, où accueillir tout à tour tous ceux qui ont donné ses lettres de noblesse au jazz. Ou prendre soin d’eux, parfois après les avoir récupérés aux fins fonds des rues de New York, au fin fond de la nuit.
   
Pannonica les a tous rencontrés. Et si elle a eu certainement des relations privilégiées avec Monk (d’où le lien avec la BD citée ci-dessus), elle a été présente auprès de tous des années durant, jusqu’à la fin. Jusqu’à avoir des problèmes avec la police à cause d’eux (se promener avec des Noirs, à leur bras, fussent-ils des génies du Jazz, n’était pas en odeur de sainteté). Jusqu’à accueillir Charlie Bird Parker, détruit par la drogue et par l’alcool, quelques jours seulement avant qu’il meurre dans sa maison.
 
Tous semblent lui avoir voué une admiration sans borne comme le relève sa petite fille, Nadine de Koenigswarter, qui cite, dans la préface qu’elle a écrite pour ce livre, une liste impressionnante des titres composés en son honneur par Monk bien sûr, mais aussi par Sonny Clark, Horace Silver, Tommy Flannagan, James Spaulding et tant d’autres.
 
Au milieu de cette effervescence, elle a pris son Polaroïd et son magnétophone et leur a demandé, à chacun, d’exprimer les trois vœux qu’ils (et elles aussi d’ailleurs) souhaiteraient voir se réaliser sur le champ.
 
Trois cent artistes se sont livrés à l’exercice : avec humour, avec sincérité, avec nonchalance, avec passion, le plus souvent avec leur cœur et leurs tripes.
 
Le livre est la mise en forme de ce que Pannonica avait voulu, qu’elle avait conçu mais qui n’avait jamais été édité jusqu’alors en France.
 
Il fourmille de photos originales prises par elle ou par des anonymes, pour certaines un peu jaunies mais dans l’ensemble de grande qualité et sur lesquelles apparaissent des musiciens pris sur le vif et dont le nom a (ou n’a pas) grimpé jusqu’aux étoiles de la célébrité internationale : de Monk à Miles Davis, de Duke Ellington à Teddy Wilson, de Mary Lou Williams à Camen McRae.
 
Leurs rêves sont des rêves d’hommes et de femmes pauvres et maltraités, autant dans leur musique que par leur couleur de peau.
 
Au delà de l’argent omniprésent (et du vœu unique de Miles Davis : « ETRE BLANC » !!!), de leur famille, de la soif de reconnaissance de leur musique, j’ai été frappé par le nombre impressionnant de musiciens, y compris parmi les meilleurs, qui souhaitaient jouer mieux, encore mieux, posséder leur instrument au-delà de la perfection pour exprimer tout ce qu’ils avaient au fond de leur âme.
 
C’est cette passion que je retiendrai.
 
Celle qui a été aussi le moteur de Pannonica de Koenigswarter jusqu'à sa mort. Bien au-delà des couleurs, les notes blanches et les notes noires du Steinway installé à Cathouse sont l’expression de l’universalité de la musique.
 
Dommage que le Père Noël soit déjà passé : il vous reste à trouver une autre excuse soit pour l’offrir autour de vous, soit tout simplement pour vous l’offrir à vous même.
 
 
Pannonica de Koenigswarter, trad. Anglais (USA) Florence Hertz - Les musiciens de jazz et leurs trois voeux – Buchet Chastel – 9782283020388 – 35,50 €


Commentaires
Bravo à l'honnêteté du chroniqueur qui a découvert Pannonica de Koenigswater par hasard et tout récemment...!

Une icône des jazzmen et des jazzophiles depuis très longtemps.

En France, il y a eu Nicole Barclay qui fut révérée par de nombreux jazzmen autant que son illustre mari (pour quelques fabuleuses années) Eddie !

Mais on attend encore le livre sur elle...

CHRISTIAN NAUWELAERS
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.

Pour approfondir

Editeur : Buchet Chastel
Genre :
Total pages : 240
Traducteur : florence hertz
ISBN : 9782283020388

Les musiciens de jazz et leurs trois voeux

de Pannonica de Koenigswarter

La baronne Kathleen Annie Pannonica de Koenigswarter (1914 - 1988), descendante de la branche anglaise des Rothschild, adorait le jazz.Après s'être radicalement libérée des nombreuses contraintes de son éducation aristocratique et avoir fui les exigences conformistes de sa caste, Nica de Koenigswarter a consacré sa vie au jazz et à ses musiciens.

J'achète ce livre grand format à 35.50 €