A l'horizon scintille l'océan : devenir un homme

Cécile Pellerin - 29.12.2014

Livre - Jeunesse - Suède - Mankell


Dernier volet des aventures du jeune Joël Gustafsson, un adolescent assez solitaire et laconique qui vit avec son père bûcheron dans le Nord de la Suède, ce roman d'apprentissage (après Les ombres grandissent au crépuscule et Le garçon qui dormait sous la neige) s'achève avec l'émancipation du jeune homme, son entrée précipitée dans le monde des adultes, absente de légèreté et de rêveries.

 

La tonalité est plutôt grave et austère, assez peu habituelle des romans pour la jeunesse et place le lecteur dans un état de tristesse et  de morosité. Ce livre n'est pas gai, semble exprimer regrets et désenchantement, laisse percevoir une grande maturité chez le narrateur mais anéantit chez le lecteur tout désir d'identification ou de ressemblance.

 

Une ambiance maussade et grise, sans beaucoup de joie, portée par un style fluide, assez sensible, empreint pourtant d'une douce humanité même si parfois les personnages ne sont pas chaleureux, se laissent difficilement approcher. Il y a, malgré tout, un certain attachement à l'histoire, inspirée d'ailleurs de celle de l'auteur, abandonné lui-même par sa mère lorsqu'il était enfant. Une résonance mélancolique, presque douloureuse encore qui, au final, ne laisse pas indifférent, même si certains passages séduisent moins que d'autres, paraissent inaboutis.

 

Joël a presque quinze ans, vit près de la forêt ("ce trou paumé où la neige tombe même le jour de la cérémonie de fin d'année") mais rêve de la mer. Une lettre de sa mère adressée à une ancienne amie de son père, les informe que Jenny habite désormais à Stockholm et est remariée. Le père propose à son fils d'aller passer quelques jours à Stockholm pour retrouver et comprendre celle qui les a laissés alors que Joël était un bébé. "Ne rien savoir, c'est ça le pire".

 

Un long voyage en train, la découverte d'une grande ville, autant de nouveautés et de dépaysement pour un adolescent qui ne connaît que la forêt et les vastes étendues inhabitées. Logés dans un hôtel de seconde classe, chacun observe l'autre, redoute la rencontre, dort peu et mal, s'enferme dans un silence, une solitude.

 

Joël pense à fuir, à se détacher de son père, cherche sa mère,  commence à construire sa vie sans eux. Sa décision est prise, il va devenir marin tandis que le père, mal à l'aise, inquiet, tombe brutalement malade.

 

Les retrouvailles auront bien lieu, sans grande effusion, sans grande tragédie mais sans espoir non plus et vont, malgré la souffrance,  permettre à Joël de construire son chemin et devenir un homme. Heureux ? Pas encore car la vie ressemble à une épreuve, un parcours âpre et difficile et les dernières pages du roman, emplies de tristesse, éprouvent le lecteur.

 

 Aucun souffle de fantaisie, aucune lueur vraiment positive pour achever cette trilogie. De plus,  l'auteur n'a pas tout expliqué, s'est contenté parfois d'être allusif et lointain (notamment sur les raisons de l'abandon de Joël par sa mère) et laisse ainsi le lecteur un peu insatisfait sauf s'il interprète que cette frustration malheureuse, finalement, rend compte avec intensité de celle traversée par l'écrivain lui-même lorsqu'il était cet enfant.