À l'ombre du mal, Robert Crais

Clément Solym - 15.10.2009

Livre - ombre - mal - Robert


Quand on bosse comme détective privé, et qu'on est affublé du prénom d'une rock star décédée dont le fantôme hante l'Amérique, les cadavres que vous côtoyez se doivent d'avoir un minimum d'originalité. Aussi, Lionel Byrd, vieux retors pervers inculpé, mais innocenté dans une affaire de meurtre, présentera plutôt bien, avec la cervelle explosée, un album photo sympathique – truffé de jeunes femmes mortes – le tout dans une caravane, ou presque, donnant la nausée, rien qu'en prononçant le nom...

J'aime pas dire du mal d'autrui, mais comme en l'occurrence, on parle d'un cochon, pas de pitié : à Los Angeles, ce n'est pas la première fois que l'on découvre un crime nauséabond, sur fond d'affaire de moeurs.

Sauf que la police, la cellule spéciale mise en place, qui écarte un peu hâtivement les autorités locales, ont conclu au suicide. Après tout, l'album prouve que Lionel aimait tuer des femmes, sept au total, et que rongé par la culpabilité, il a préféré s'en remettre au jugement de Dieu. Et comme de ce côté y'a pas grand-chose à craindre...

Le tour que prennent les choses ne séduit pas Elvis, qui d'un déhanché superbe va reprendre point par point l'histoire. D'autant que Lionel, il avait déjà enquêté sur son cas, lors de l'inculpation pour meute. Et l'avait fait blanchir sans trop de peine. Alors, vers qui tourner ses regards et ses doutes ? Marx, le flic qui protège Wilts le politicard aux multiples vices ? Un serial killer qui pourrait refrapper sous peu ? Qui n'a pas quelque chose à se reprocher, à LA ?

Personnellement, plus je lis ces bouquins, thrillers, polars, etc. qui se déroulent dans cette ville, moins l'envie me prend d'y fiche les pieds. M'enfin, la destination ne doit pas manquer d'arguments. Au contraire du livre, qui semble partir sur une incohérence. Qu'un infirme se suicide par culpabilité, et pour seule preuve de ses crimes, un album photo... c'est court pour conclure une enquête. Mais les flics ont parfois des méthodes étranges, alors il ne faut pas s'inquiéter.

Robert Crais
Sinon, c'est de la série noir de bonne facture : ça se plie en quelques heures à peine (145 minutes précisément, pour 330 pages) et c'est plutôt divertissant. Pas vraiment de temps morts, une écriture qui reste rapide et tient bon la barre d'une enquête intéressante. Inutile de traquer le meurtrier, son identité, quoiqu'un peu alambiquée, ne vous apparaîtra que dans les dernières pages, avec, bien sûr, impossibilité de vous en douter avant. Encore que... c'est forcément l'un des personnages présentés...

Qu'on me permette tout de même de trouver cette fin quelque peu capillotractée, et le lecteur averti, qui en vaut deux, se dira avec moi que quand même, Robert Crais est allé le chercher assez loin son meurtrier. Un peu façon : il me reste 35 pages, je ne sais toujours pas qui a tué qui...

Notons une certaine (et plaisante) absence de violence : tout juste une rixe entre les frères d'une des victimes et le petit Elvis, ainsi qu'un léger poignardage avec coups de feu... Vraiment, étonnant. En somme, ça fonctionne : pas de quoi faire sauter les amateurs au plafond d'extase, mais bon pour vous donner un petit frisson – léger – dans le train, en partant ce week-end. Ou confortablement calé dans votre canapé, c'est selon.


 

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