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À la mesure de l'univers : "Changer ce que je peux changer"

Cécile Pellerin - 12.05.2017

Livre - Littérature islandaise - amour - Jón Kalman Stefánsson


Davantage que l'histoire elle-même, finalement assez ordinaire et presque universelle, c'est l'atmosphère dans laquelle elle se déploie et le langage poétique par lequel elle se construit qui, une fois de plus, offrent à ce livre une envergure éclatante et au lecteur, un plaisir littéraire intense, indissociables d'ailleurs de tous les romans de Jón Kalman Stefánsson (traduits par Eric Boury).


 

La structure narrative, ondulante et souple, invite à se laisser porter d'une époque à une autre, d'un lieu à un autre, avec grâce et légèreté, sans jamais craindre de perdre le fil. Une lecture sans rupture, sensible et savoureuse ; une invitation à la rêverie et à la contemplation, au dépaysement et à l'agréable mélancolie.
 

Dès les premières pages le lecteur accueille ce moment tranquille et pénétrant, apprécie le rythme préservé de toute tension excessive, malgré les drames, mais infiniment accordé à la personnalité du narrateur, calme, mis à distance et en même temps  omniprésent, troublant.
 

Il ne souhaite pas échapper au balancement de va et vient régulier du récit, tel un mouvement de vague, réjoui d'être mêlé à plusieurs temporalités et endroits, plusieurs ambiances musicales aussi (Ah ! Si une bande son pouvait accompagner le roman).
 

Il accepte les digressions d'Ari, le personnage central, créées par des rencontres avec d'anciens amis, à la fois complètement immergé dans chaque histoire et complice des états d'âme de chacun, émerveillé par la musicalité de la langue, si absorbé qu'il oublie tout autour de lui et retarde avec bonheur le moment du retour (alors cruel) à la réalité.
 



A la mesure de l'univers est la suite du roman D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied.
 

Ari, éditeur installé à Copenhague revient en Islande suite à une lettre envoyée par son père qui lui annonce sa mort imminente.
 

Un retour au pays natal, plus précisément à Keflavik qui réveille de lointains souvenirs et tourments, entraîne des retrouvailles avec d'anciens amis, le confronte à sa vie actuelle, vacillante, à ses égarements et doutes et progressivement lui permet de se remettre en route sur "le chemin de la vie".
 

"Celui qui veut avancer droit doit parfois d'abord consentir à retourner en arrière."
 

Ainsi, à travers des bribes d'existence révélées de ses grands-parents paternels, installés dans les fjords de l'Est, à travers le récit d'instants de vie de ses parents à l'époque de leur rencontre et avec les souvenirs de sa propre jeunesse, émergent des histoires de pêche et d'usine de poissons, de périls en mer, de morts et de douleurs intenses, d'amours meurtries et incommensurables, d'abandons, de regrets profonds empreints de nostalgie, de sacrifices bouleversants, de base américaine, de soirées sordides, d'alcoolisme, de violence et de désespoir, de maladies, de silences pesants et d'éloignements, de nuits et d'hivers interminables, de soleil de juillet et de bonheur fugaces, de messages d'espoir, etc.

Toutes indissociables de poèmes et de chansons, comme gravées pour ne pas sombrer dans l'oubli. Et magnifiées par l'émotion lyrique, liante de l'auteur.
 

"Nous pensons trop et ne ressentons pas assez, c'est là le malheur de l'homme". Aussi respirez ce livre à l'odeur d'embruns, de lave, de glacier et de vent frais, osez la lecture à voix haute de certains passages et vibrez.
Ce roman est "une poésie intemporelle qui console tout le monde."


Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre :
Total pages : 448
Traducteur :
ISBN : 9782070179312

Chronique familiale (Tome 2) - À la mesure de l'univers

de Jon Kalman Stefansson

"Et maintenant, il est trop tard, répond Ari, pétri de remords. Anna esquisse un sourire, elle lui caresse à nouveau la main et lui dit, quelle sottise, il n’est jamais trop tard tant qu’on est en vie. Aussi longtemps que quelqu’un est vivant." À la mesure de l’univers est la suite du roman D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. Ari rentre en Islande après avoir reçu une lettre de son père lui annonçant son décès imminent. Le jour se lève sur Keflavík, l’endroit le plus noir de l’île, à l’extrémité d’une lande à la végétation éparse et battue par les vents. Ici, la neige recouvre tout mais, partout, les souvenirs affleurent. Ari retrouve des connaissances qu’il n’a pas vues depuis des années. Ses conversations et ses rencontres le conduisent à s’interroger et finalement à accepter son passé : les deuils, les lâchetés, les trahisons, afin de retrouver celui qu’il était, et qui s’était perdu "au milieu du chemin de la vie". Comme dans la première partie de son diptyque, Jón Kalman Stefánsson entremêle les époques, les histoires individuelles et les lieux : le Norðfjörður, dans les fjords de l’Est, où évoluent Margrét et Oddur, les amants magnifiques, et Keflavík, ce village de pêcheurs interdits d’océan, très marqué par la présence de la base militaire américaine. Dans une langue à la fois simple et lyrique, nourrie de poésie et de chansons de variétés, agissant comme autant de madeleines de Proust, l’auteur nous parle de mort, d’amour, de lâcheté et de courage. Mais ce récit délivre aussi un message d’espoir : même si le temps affadit les plus beaux moments, ces derniers restent vivants au cœur de l’homme, car le langage a le pouvoir de les rendre éternels. L’amour est le ciment et la douleur du monde.

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