À la recherche du langage : André Velter, vers l'Anabase

Félicia-France Doumayrenc - 24.02.2016

Livre - André Velter


Qu’est-ce qu’écrire ? Toujours cette question, sans cesse, reformulée. Reformulée dans son emportement. La main écrit, laisse des traces. Les traces engagent tout l’être et lui façonne son identité. André Velter nous livre, deux ouvrages, le premier Loin de nos Bases avec une adresse de François Chang qui écrit : « Ton texte à la main, je l’entrouve, divine surprise ! Ainsi, près de deux cents après Saint John Perse, une nouvelle Anabase, la tienne ! »

 



 

En effet, Chang a pointé juste. Par ce livre André Velter répond à Saint John Perse et nous surprend dès les premières lignes en écrivant ceci : « Messieurs les juges, j’échappe à vos lois, messieurs les fonctionnaires à vos registres, messieurs les prêtres, les rabbins, les mollahs, à vos dieux uniques. Vienne le grand vent qui emporte ! Vienne la colère de l’azur si bleu qu’on y voit rouge ! »

 

André Velter reprend son écriture de voyageur, de découvreur après avoir la redécouverte du site de Tao Yu, le petit temple où Saint John Perse aurait écrit son Anabase. Et, il nous éblouit. Le sens, est en effet là, dans l’écrit, il circule dans les voyages mentaux de Velter, puis redisparait pour mieux nous surprendre et en sa disparition même, il devient sens, il est le sens. « Le sens est ce qui répare. » Ce qui permet de faire un saut du moi – mon sens – vers le je. Je suis celui qui écrit. Dans l’écrit moi et je se perdent.

Moi et je se retrouvent : « Si loin de nos bases, nous avons cessé de vaciller, d’hésiter, d’échanger en tous sens et hors de propos. »

 

Pourrions-nous parler d’un effacement blanchotien ? tant la langue de Velter qui n’a jamais été aussi puissante, ni aussi belle se met comme suspendue à la rencontre des autres. Et ces mots jaillissent avec d’autres couleurs dans l’autre recueil : Le jeu du monde Cartes à Yanny.
 

Jeux de mots puisque Velter nous fait découvrir dans ce livre les cartes postales envoyés à Yanni qui s’échelonnent sur une longue période de 1997 à 2015. Ces cartes sont des poèmes qui retracent les périples de voyages, car André Velter est le voyageur par excellence. En les lisant, on voyage avec lui, on est ému avec lui et surtout on devient Yanni : celui qui ouvre fébrilement sa boîte aux lettres dans l’attente des nouvelles de son ami pour lire :

 

« Jaipur, 3 janvier 2009

 

Encore un peu de ce décor

Palais des vents et des songes

Où l’on ne sait quel corps-corps

De mirages, d’illusions ou de peines

A donné son âme au feu

Et pris son harmonie au ciel. »

 

Que dire devant la beauté ? Souffler, contempler, s’arrêter, se laisser emporter par elle. C’est ce qu’a réussi à faire André Velter : à nous emprisonner dans ces mots, à nous laisser dans les lieux, à nous rendre plus riches d’émotions. Ces deux derniers livres sont à lire absolument et à garder près de soi pour doucement s’effacer du réel et aller dans le sens du voyage où André Velter nous conduit.


Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre : poesie grand format
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782070177745

Loin de nos bases

de André Velter (Auteur)

" Ton texte à la main, je l'entrouvre, divine surprise ! Ainsi, près de cent ans après Saint-John Perse, une nouvelle Anabase, la tienne ! Et d'emblée, je suis saisi par le cri : A nous deux l'infini ![.] Certes, tu n'ignorais pas les frontières, mais tu entendais résolument les transcender. Ton imaginaire s'est affronté au réel, s'est nourri du réel. En cela, tu es proche aussi de Segalen.

J'achète ce livre grand format à €