A mon coeur défendant, de Thibaut de Saint Pol

Clément Solym - 18.05.2010

Livre - traite - versaillers - Hitler


Nul ne sait ce qu’est devenu l’original du traité de Versailles, disparu en 1940. Sur la base de ce mystère, Thibaut de Saint Pol narre dans son troisième roman, « A mon cœur défendant », l’histoire de Madeleine, jeune secrétaire au Quai D’Orsay, chargée de protéger le traité devant la progression allemande sur le territoire français.

Madeleine est convoquée par son chef alors qu’elle s’apprête à fuir Paris. Avant de lui souhaiter bonne chance, il lui remet un petit paquet avec la requête de le préserver à tout prix. Symbole de l’humiliation allemande à l’issue de la première guerre mondiale, la destruction du traité de Versailles est une des priorités d’Hitler.

Qui soupçonnera le traité dans les mains d’une jeune fille de 24 ans perdue sur les routes de France ?

A mon cœur défendant conte les destins croisés de trois personnages que tout devait opposer. Madeleine, entraînée dans une aventure qui la dépasse, Heinrich, responsable allemand chargé de mettre la main sur le traité et Théo le petit-fils d’Heinrich, parti en 2009 à la rencontre d’une Madeleine vieillie pour connaître l’histoire de son grand-père disparu.

Les phrases courtes qui composent l’écriture de Saint Pol accentuent la tension de l’intrigue par un rythme saccadé, parfois cassant, rendant son style extrêmement efficace.  Si l'on regrette parfois l’absence d’envolée lyrique, la densité de l’intrigue nous le fait aussitôt oublier. L’ouvrage est touchant et sensible, loin des sentiers battus auxquels le cadre historique du roman pourrait prêter.

Patriotes sincèrement dévoués à la cause de leur pays respectif, Madeleine et Heinrich/Henry sont progressivement rongés par le doute face aux errements politiques et à la bêtise guerrière.

Engagés dans le conflit pour défendre l’honneur de leur nation, ils se réalisent pions sur l’échiquier d’un conflit qui finit par leur être étranger. Adversaires par fatalité pour qui la patrie passe avant tout, les personnages réaliseront progressivement, à leurs dépends, l’ironie ultime de la guerre dont la fin n’est justifiée que par les moyens.

Le personnage de Théo enquêtant sur le passé de son ancêtre donne un opportun relief à l’acuité de l’histoire. Il rappelle, au gré de ses rencontres, que la guerre seule ne fait ni monstre ni héros : elle n’est que le révélateur brut de la dualité de chacun.
 
Profondément humaniste, « A mon cœur défendant » dresse au final un portrait clair-obscur de l'humanité, où chacun fait au mieux de ses capacités sans parvenir toujours à éviter le pire même en cherchant le meilleur.

 

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