A tout moment la vie : L'amour à mort

Cécile Pellerin - 21.10.2016

Livre - Littérature suédoise - mort - histoire d'amour


C'est une histoire d'amour tragique et personnelle qui hante ce roman, pénètre précisément chaque mot mais sans jamais sombrer dans l'effusion de sentiments.

 

Empreint de sobriété et d'une réalité immédiatement perceptible, explicite, minutieusement décrite, le récit respire au rythme du narrateur, tantôt affolé, paniqué, pressé, tantôt désorienté, épuisé, vidé ;  parfaitement structuré au désordre, au bouleversement d'une vie, au désespoir et au chagrin mais édifié comme un mur étanche à l'intense douleur et aux épanchements émotionnels insoutenables.

 

Simplement juste, scrupuleux et sincère à saisir l'ensemble d'un moment effroyable de son existence, Tom Malmquist, n'esquive rien mais contient le drame, le retient avec grâce et pudeur, laisse avant tout surgir un livre d'amour. Sans occulter la mort, il raconte la vie. Irrépressible. Si cruelle.

 

"Je t'aime autant qu'il est possible d'aimer".

 

 

 

Une lecture puissante, lumineuse et profonde, impossible à oublier. Eviter quelques larmes ne servirait à rien. Si elles viennent à tomber, silencieuses et rares, elles auront certainement la saveur douce et poétique des pages finales, inoffensives et apaisantes.

 

Karin va mourir. Hospitalisée d'urgence pour une leucémie aigüe, elle met au monde prématurément une petite fille, Livia. A bout de souffle et de forces, maintenue un court temps sous assistance circulatoire, elle cesse de vivre quelques jours plus tard.

 

Tom, le narrateur-auteur, brutalement et simultanément veuf et père raconte, dans un premier temps, ce séjour à l'hôpital Karolinska de Stockholm. De son état d'angoisse, de peur et de panique, des détails plus anodins relatifs au lieu, des termes médicaux complexes, des moindres gestes des médecins, techniques ou pas, de ses déplacements dans les longs couloirs, de la présence de sa mère, de ses beaux-parents, puis de ses amis autour de lui, de l'accouchement sous césarienne, de ce petit bébé placé sous une lampe forte, il décrit sans relâche, prend des notes un carnet à la main, comme s'il devait rendre compte plus tard de tout, absolument tout.

 

Une exhaustivité clinique salvatrice, où chaque événement est décrit avec la même précision, la même gravité, la même égalité. Sans accorder plus de mots à la mort qu'à la vie, le texte ne bascule pas, reste en équilibre. Extrêmement digne. Et de ce fait, impressionnant.  Mais vrai.

 

"Peux-tu comprendre que Karolinska me manque ?"

 

D'un rythme moins précipité et moins fluide (parfois moins évident à suivre), entrecoupé de soubresauts et de ruptures spatio-temporels, la deuxième partie du récit entremêle des instants de vie commune avec karin, des bribes de l'enfance de Tom et l'après, le quotidien, les moments sans elle mais avec Livia, où il faut SUR-vivre avant de pouvoir RE-vivre ; désemparé par les absurdités administratives, éprouvé par la maladie d'un père, assailli par le désespoir et l'épuisement, la solitude, l'envie de se perdre. "Il n'y a plus qu'à s'effondrer et à remonter la pente."

 

Avec la même précision à décrire les faits, Tom Malmquist, révèle avec exactitude la douleur de la perte de l'être aimé, l'infinie tristesse, l'impossible deuil et la nécessité d'avancer. 


Pour approfondir

Editeur : Noir Sur Blanc
Genre : litterature nordique
Total pages : 322
Traducteur : hélène hervieu
ISBN : 9782882504296

A tout moment la vie

de Tom Malmquist

Pour Tom, il y aura désormais un avant et un après. Dans la fracture du temps, dans les profondeurs d'un hôpital de Stockholm, un corps dévasté, comme un autre lui-même, est arraché à tous ses liens terrestres. Mais au-delà des moindres signes cliniques émerge encore, par moments, la conscience d'une femme aimée, Karin, qu'il faut délivrer d'urgence de l'enfant qu'elle porte. Sa famille, ses amis veillent dans l'ombre, séparés d'elle, mis à nu devant la finalité obscure des jours. Dans l'après, malgré les douleurs de la perte, les tourments, et les complications de la vie civile, Tom se consacre à la petite Livia et revit par la pensée ses années auprès de Karin, s'évertuant à ranimer partout la jeune femme. À mille lieues du pathos et des poncifs sentimentaux, Tom Malmquist a ciselé un texte fort et vrai. Grâce à ses observations justes et fines, il évoque toute la gamme des nuances et des sensations qui restituent l'être aimé dans la mémoire et même dans la chair des jours. Voici un livre sur l'énigme indéchiffrable de l'existence. Acclamé unanimement par la critique lors de sa sortie, le premier roman de Tom Malmquist est finaliste pour le Grand Prix de littérature du Conseil nordique 2016. Il a été vendu dans une dizaine de pays. Tom Malmquist (né en 1978) est poète et musicien. Il a déjà publié deux recueils de poèmes : Sudden death (2007) et Fadersmjölken (Le lait paternel) (2009). Avec À tout moment la vie, encensé par les lecteurs et les critiques, il nous offre un livre qui fait partie des meilleurs livres jamais écrits en suédois sur le deuil.

J'achète ce livre grand format à 21 €

J'achète ce livre numérique à 13.99 €