A vivre couché : premier roman décapant d'une jeune Femen

Cécile Pellerin - 23.01.2015

Livre - littérature féministe - drogue


Cette histoire ahurissante fonce à vive allure, sans temps mort ni frein, emprunte des chemins improbables, mais garde le cap, tient la route et n'égare jamais le lecteur, emporté mais secoué, stupéfait par tant d'énergie, d'expériences folles. Amusé autant qu'effrayé, il partage les délires de la jeune femme, la suit dans tous ses excès, même les plus tordus, séduit par une écriture limpide, un rythme effréné, un style poétique, des émotions franches, une sensibilité extrême, sans limites même. Absolue.

 

Un premier roman décapant, dans la lignée de Virginie Despentes, écrit par une jeune femme d'à peine trente ans, activiste farouche du mouvement Femen et qui rend compte habilement  d'ailleurs, de la force d'un engagement tenace, d'une soif de liberté et d'un certain féminisme. Le tout sans concession. Quelle force !

 

Ecrite à la 1ère personne, l'histoire se décline en chapitres presque distincts les uns des autres  et raconte les tribulations de la narratrice à travers le monde entier. Sorte de roman picaresque contemporain où l'aventure se vit  aussi bien dans un Ephad à Roubaix où elle sauve une patiente de l'étouffement, que dans un zoo allemand, amoureuse d'un gorille pas franchement convaincu. Situation tout aussi surréaliste lorsqu'elle approche la communauté gay sur une plage espagnole ou lorsqu'elle se lie d'amitié avec Céline Dion.

 

Son combat contre les punaises de lit ou sa participation à des concours d'ingurgitation de hamburgers dans le Nevada dévoilent l'héroïne comme une véritable forcenée et le sauvetage d'une baleine ou  son retour à la nature dans un chalet isolé avec l'ourse Cannelle, au contraire, la révèlent plus zen et apaisée. Ambivalente au possible, elle reste insaisissable jusqu'à devenir même une sorte de gourou au sommet de la dune du Pilat.

 

 

Parfois réalistes, parfois farfelues ou carrément déjantées, ces péripéties assurément variées et mouvementées divertissent autant qu'elles perturbent ou indisposent, oscillent entre dérision et pathétisme, humour grinçant et décalé, ne laissent jamais indifférent le lecteur, partagé entre un rire second degré et une tendre compassion. En effet, le côté borderline de la narratrice, sa douce folie, ses fantasmes délirants dessinent un personnage fragile et attachant auquel nul ne résiste.

 

Le rythme vif, l'imagination débordante, son éclectisme, ses dérapages « contrôlés » malgré tout par une écriture et un style cohérents et (a)droits, offrent à ce livre une frénésie et une originalité attirantes, évitent l'ennui et la monotonie, boostent l'humeur, invitent au délire littéraire.

 

De quoi  ainsi approcher les paradis artificiels sans grand risque pour la santé. Essayez donc ! La lecture est bien garantie sans effets néfastes ni « bad trip ».