Alain Mabanckou plonge dans les ennuis : silence de mort

Clément Solym - 27.09.2012

Livre - Alain Mabanckou - Paris - trafics


Pour mémoire, la collection Vendredi 13 c'est LA série de livres qui n'ont pas vocation à être de réels romans, mais des textes prédestinés à l'audiovisuel. Leur lecture est nécessairement orientée, pour le lecteur averti. Pour celui qui n'a pas entendu l'appel, c'est à peu près pareil, avec le sentiment que le texte manque de quelque chose. Or, quand Alain Mabanckou se lance dans l'aventure, on reste cependant vigilant. 

 

Rendez-vous avec notre implacable laboratoire d'expérimentation, les pages 69 et 99, qui nous révéleront la quintessence de l'ouvrage - paraît-il. 

 

En avant, P.69 : 

 

Deux personnages, Pédro, le patron, manifestement impliqué de longue date dans différents trafics et José, son employé que Pédro prépare « à être un jour [s]on successeur ». Ambiance posée autour d'un paquet à venir récupérer auprès d'un contact plutôt voyant : costume bleu et cravate « aux couleurs du drapeau français ».

 

José est curieux, pour une fois, manifestement, de ce qu'on lui demande d'aller chercher. Mais peu habitué aux couloirs ni aux lignes du métro parisien. Il part de Cadet en enjambant le tourniquet et se précipite direction Montparnasse Bienvenüe... où l'attend l'aventure. Étant donné le titre du livre (à ne pas confondre avec celui de Mark Oliver Everett, paru chez 13e Note en mai 2011, et traduit par Clémentine Goldszal), on peut se douter que ça va barder.

 

Cela dit, le ton est donné, avec une certaine efficacité : la narration se déroule rapidement, assez fluide. Actions, un dialogue rapide, chargé de tensions. C'est pas mal, et on prendrait volontiers un peu de rab. Tout de suite, la suite

 

P.99, la révélation : 

 

Plus calme, malgré une évidente électricité dans l'air. Deux hommes, l'un est Malien, s'appelle Yoro, l'autre est le narrateur. Aucun moyen de savoir s'il s'agit de notre José qui racontait tout à l'heure sa future mésaventure du métro. On discute de géographie, et plus particulièrement du quartier de la Place du Commerce à Nantes. Manifestement, Yoro est très sensible à l'endroit où réside notre narrateur. La fulgurance vient du détail cinématographique : la proximité d'un ciné Gaumont non loin de l'appartement. Quartier de riche, à en croire Yoro.

 

Élément perturbateur : l'arrivée de deux autres Maliens qui viennent discuter dans le dialecte maternel de Yoro. Il fait clairement office de parieur pour l'un des deux hommes, qui lui confie 100 € pour miser sur une course et deux chevaux. On s'arrête là pour la tension dramatique, portée à son paroxysme avec cette histoire de canassons. 

 

Difficile d'y voir clair, la séquence est assez creuse. Soit un temps calme avant une énergique séquence - par honnêteté, l'humble lecteur avoue avoir parcouru les pages suivantes, et il s'avère que l'homme racontant sa vie à Nantes était un menteur. Il s'appelle d'ailleurs Julien Makambo, comme le révèle la 4e de couverture. Et qu'il n'est pas Malien mais originaire du Congo-Brazzaville. Ce qui a une importance manifeste. Mais reste que le passage n'est pas virevoltant.

 

Au fait, Makambo, ça signifie justement "les ennuis"...

 

Dans le doute, on dirait que le double test est passé, mais d'un court cheveu. Avec la mention doit faire ses preuves - mais pour 15 €, on comprendra les réticents...

 

A retrouver dans notre librairie, avec Decitre