Albergo Italia : meurtre au palace ou le mystère de la chambre close

Mimiche - 16.03.2017

Livre - Littérature italienne - roman policier - Erythrée


Dernière année du XIXe siècle, dans l’entrepôt des Carabiniers installé à Archiro, dans la colonie italienne d’Erythrée, le capitaine Colaprico a été appelé pour y constater une effraction évidente : la porte a été forcée. Sans témoin puisque le garde italien était "occupé" avec Oualla "la polissonne" qui passe du bon temps avec les hommes (mais qui n’est pas pour autant une prostituée !).

 

C’est rechignant que le capitaine a quitté ses bureaux des Carabiniers Royaux à Massaoua et l’adjudant Bertone le sait qui l’a appelé : il sait qu’il ne faut pas faire monter le capitaine Colaprico sur un cheval pour rien et le fait que rien n’ai été volé dans l’entrepôt est, en soi, un phénomène exceptionnel. Ceci étant, comme toutes les caisses, dans l’entrepôt, contiennent … des skis !!!…, comme l’adjudant Russo (en charge de l’entrepôt et qui bénéficie de la protection d’un général en Italie) est en camora (en combine) avec des gens peu recommandables, il y a là quelque élément qui justifie bien l’alerte lancée par Bertone vers le capitaine.

 

Lequel, bien aidé en cela par son assistant indigène, l’adjudant Ogbà, finit par découvrir qu’un vol a pourtant bien eu lieu : les traces profondes laissées sur le sol montrent bien, ainsi que le carré vierge de dépôt de poussières, que quelque chose de très lourd était là et n’y est plus ! Un coffre-fort semble-t-il ? Que seul Terfàï et sa bande avaient la capacité d’en organiser le vol !

 

Alors Colaprico est rentré à Massaoua, Ogbà à ses côtés, avec un rapport à faire en plus de l’ordre de rapatriement de Russo dont il n’a rien pu tirer lors de son interrogatoire mais dont le comportement, à l’évidence, n’est pas exempt de lourds reproches.

 

Quelques jours plus tard, à Massaoua, lors de l’inauguration du nouvel hôtel Albergo Italia, alors que le ciel a fait tomber un déluge de grêle hors saison, un homme est découvert nu et pendu dans sa chambre fermée à clé depuis l’intérieur.

 

Le suicide aurait tout aussi bien pu être acté si l’adjudant Ogbà, décidément bien affûté, n’avait pas attiré l’attention de Colaprico sur un détail : le tabouret renversé sur le sol n’aurait jamais permis, même sur la pointe des pieds, au "suicidé" d’atteindre la corde accrochée au ventilateur de plafond de la chambre.

 

Colaprico, flanqué de son ombre Ogbà, prend en charge cette enquête a priori tellement simple…

 

 

A l’heure des téléphones portables, des laboratoires qui décryptent l’ADN en moins d’une journée sur un morceau de peau découvert sous un ongle, des équipes pluridisciplinaires qui consultent sur internet des fichiers de reconnaissance faciale ou des caméras de surveillance, il est reposant de remonter le temps et de vivre une enquête policière où l’assistant de l’enquêteur est plus Sherlock Holmes que son patron, même s’il ne sait même pas lire l’italien ou l’anglais, et a fait siens les maîtres-mots : observer, écouter, connaître (le milieu, les gens).

 

Aux limites des zones colonisées, ce sont bien ces qualités qui permettront de faire éclater au grand jour la vérité.

 

Carlo LUCARELLI (traduit par Serge Quadruppani) fait du boulouk-bachi Ogbà une réincarnation de Sherlock Holmes (ou encore de Miss Marple mais celle-ci n’a pas encore vu le jour sous la plume d’Agatha Christie et Colaprico n’a donc pas pu en entendre parler) qui regarde, écoute et comprend avec beaucoup de clairvoyance et d’anticipation ce que les autres voient aussi mais ne comprennent pas tout de suite. Il assemble tout et, au bout du compte, il conclut que "ce qui semble impossible, quand il n’y a pas d’autre explication, doit être vrai". Presque mot pour mot, ce qu’a pu dire le grand Holmes.

 

Rien ne manque dans ce roman : un peu de banditisme, un peu de services secrets, un peu de mafia, un peu de sexe, beaucoup de racisme envers les peuples colonisés, beaucoup d’arrogance des colonisateurs, un peu de culture locale, beaucoup de finesse dans la narration.

 

L’intérêt complémentaire réside évidemment dans la découverte d’un colonialisme italien auquel mes professeurs d’histoire ont certainement dû oublier de m’intéresser quand ils en ont parlé (s’ils l’ont fait) et dont je découvre ainsi quelques pans qui viennent s’ajouter à ce que j’avais déjà commencé à entrevoir avec la Huitième Vibration du même auteur chez le même éditeur.

 

Et s’il est clair que l’époque où se déroule le roman ne peut pas admettre, ne serait-ce qu’un soupçon de pré-éminence d’un indigène noir sur les colonisateurs blancs, c’est bien Ogbà qui est celui par qui l’affaire se dénoue.

 

En fait, après avoir tourné la dernière page, je crois que je n’ai regretté qu’une chose : finalement, ce roman est trop court !

 

 


Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre :
Total pages : 134
Traducteur :
ISBN : 9791022605236

Albergo Italia

de Carlo Lucarelli(Auteur) Serge Quadruppani(Traducteur)

" A Massaoua quand il fait chaud - et il fait toujours chaud - on peut entendre les rêves des autres ".Dans l'air brûlant du soir, au coeur de la colonie italienne d'Erythrée, une fille des rues, mi-sorcière mi-putain, séduit un soldat de garde. Un peu plus tard, dans le palace Albergo Italia, un homme est retrouvé pendu : suicide ou meurtre ?

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