Alexis, la vie magnétique , Christine Brusson

Clément Solym - 26.11.2008

Livre - Alexisq - vie - magnetique


Alexis est somnambule. Nous sommes en plein milieu de la fièvre romantique et les mystères du sommeil ont autant d'attraits que la poésie a de gloire. Mais le somnambule de cette époque n'est pas tout à fait le marcheur endormi que nous nous figurons. Alexis possède un fluide qui lui permet de voir. Il ressemble plus à ce Voyant que voudra devenir Rimbaud.

 

C'est au détour d'une livraison de chaussures qu'il apporte pour son père à un client que tout commencera. Un chien se précipite sur lui et dévore rageusement les souliers. Alexis fait un malaise alors que le molosse, semblable à Cerbère s'acharne. Antoine Merlin, propriétaire des souliers recueille alors le jeune garçon et dans un geste christique pratique une application des mains, pour soigner le délire du garçon. Premier contact avec le magnétisme... Alexis délire, il voit les mots qu'Antoine écrit sur la lettre qui expliquera à sa mère ce qui s'est déroulé, il parcourt la maison avec son esprit, quand son corps est allongé sur un divan...

 

Marcillet va découvrir ce prodige, lui qui oeuvre pour la reconnaissance du magnétisme depuis tant d'années. Il travaillera avec acharnement pour qu'Alexis développe ce don et présentera son protégé devant les grands de ce monde. Alexis, noyé de fluide, assis sur la scène, voyage alors au gré des objets qu'on lui présente. Il dort, mais parle avec une lucidité effrayante. Il sait, il voit, il devine. Tout cela est troublant, pour un public qui doute, échaudé par les tireuses de cartes et les saltimbanques prétendant voir l'avenir.

 

Mais Alexis ne lit pas l'avenir. Il traverse le passé et le présent. Il perçoit des secrets pourtant jalousement conservés. La gloire et l'argent suivront peu après. Et un destin presque bâti sur un rêve.

 

Nommé pour le prix du premier roman, Alexis, la vie magnétique aurait eu sa place cette année sur le podium littéraire. Ancré dans une époque où les mystères ne sont pas si bien vus, dans un romantisme qui fait plus grand cas de la création littéraire que des diseuses de bonne aventure, le récit d'Alexis est un véritable songe éveillé.

 

Il y est tour à tour question de destin, de liberté, de choix ou de fatalisme. Et si Eugénie, qui maîtrise l'avenir dans les cartes du Tarot, n'offrira guère de réponses au Somnanbule, c'est qu'il les contient toutes en lui. Ce roman traite de notre plus grande faiblesse : celle qui nous incline à croire soit au hasard, soit au destin, car il est plus rassurant de se considérer comme le jouet d'aléas sans fin ou guidé par une force dont nous ignorons tout.

 

Existe-t-il une alternative entre ces deux lignes d'horizon ? Après tout, le destin n'est que le lit de la rivière, ce qui importe c'est l'eau qui s'agite et vit, creuse cette ornière dans laquelle des éléments l'ont placée. Quand on dispose d'un tel don, faut-il s'engouffrer dans la voie qui s'offre à soi ? Peut-on alors se fier aux cartes pour décider de son avenir ?

 

Christine Brusson touche ici, sous couvert d'un roman historique, où l'on croisera jusqu'à Alexandre Dumas, Gérard de Nerval, peu avant son suicide – pendu à un lampadaire, rue de la Vieille Lanterne – un questionnement sur nos vies et les alternatives qui les guident. Peut-on s'emparer de son existence, de son devenir, comme Alexis saisit les lettres cachetées, et lit au travers du papier scellé le futur des curieux venus rencontrer le Somnanbule ?

 

Tout à la fois quête du bonheur, et peur de son accomplissement, Alexis invite à vivre, sans passer, tel un dormeur, à côté de sa vie.


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