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Almanach d'un comté des sables : Rêveries d’un promeneur solitaire

Mimiche - 09.03.2017

Livre - Nature - philosophie - promenade


Cet "almanach" est, de fait, composé de trois parties distinctes.

 

D’abord une série de promenades calquées sur le calendrier qui donne son nom au recueil. Mois après mois, l’auteur nous accompagne dans des sentiers-découvertes naturalistes autour de sa ferme ou dans sa mémoire.

 

Ensuite, "quelques croquis" qui sont autant de regards posés sur la nature d’hier et du jour de leur écriture (sachant que l’auteur est décédé en 1949, cela donne une idée du caractère novateur de ces propos déjà fondamentalement écologistes).

 

"Enfin de compte" clôt cette trilogie en présentant une succession de réflexions sur l’homme, sa place, son impact et sa relation à la nature, ses responsabilités et les actions de préservation qu’il devrait mettre en oeuvre pour sauvegarder le milieu naturel qui reste son berceau.

 

Une courte préface de J.M.G.Le CLEZIO apporte, près de cinquante ans après l’édition posthume originale de ces textes, une caution complémentaire à la portée fondatrice de ce qui aurait tout aussi bien pu s’intituler "rêveries d’un promeneur solitaire".

 

 

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

 

En promeneur solitaire, attentif et observateur, Aldo LEOPOLD (traduit par Anna Gibson) nous fait découvrir, avec une langue pleine de poésie et d’admiration, toutes les beautés d’une nature encore vivante subissant les bouleversements que les actions humaines ont introduits dans tous les milieux progressivement investis avec de plus en plus de moyens de destruction systématique et souvent irréversible.

 

Dès l’introduction qu’il écrit en 1948, Aldo LEOPOLD donne le ton : "le monde entier est si avide de nouvelles baignoires qu’il a perdu la stabilité nécessaire (...) pour fermer le robinet. Rien ne saurait être plus salutaire à ce stade qu’un peu de mépris pour la pléthore de biens matériels"!!! Que dirait-il aujourd’hui ?

 

Pourtant, il n’a rien d’un extrémiste et ne rechigne pas à évoquer quelques parties de pêche ou de chasse. Mais il garde toute la fraîcheur d’un regard enfantin sur toutes les merveilles que révèlent à l’observateur patient et attentif, les ruisseaux, collines, montagnes et forêts où il sait promener sa curiosité.

 

Critique à l’égard de ses semblables qui bafouent ce qu’ils ne laissent pas aux autres le plaisir d’apprécier ("les pionniers se moquent en règle générale des efforts destinés à perpétuer l’esprit pionnier"), il n’a de cesse de promouvoir le maintien d’espaces vierges où pouvoir se rassasier de découvertes ("A quoi bon la liberté sans espace vide sur la carte") en gardant l’esprit ouvert à toutes choses ("l’éducation (...) c’est apprendre à voir une chose en devenant aveugle à une autre") pour le pas finir par perdre toute relation organique, viscérale avec le monde dont nous sommes issus.

 

Il s’acharne à rétablir des valeurs fondamentales afin que ne soit pas perdue la juste réalité des choses ("Nous imaginons que c’est l’industrie qui nous fait vivre, oubliant ce qui fait vivre l’industrie") sans pour autant rejeter en bloc toute idée de progrès ("Nous n’allons pas abandonner la pelleteuse qui, après tout, nous a rendu bien des services") mais en ne se laissant pas submerger par les nouveaux dieux ("cessez de penser au bon usage de la terre comme à un problème exclusivement économique"), rejetant toute idée d’exclusive, appelant à l’humilité devant la sommes de nos ignorances de toutes les interactions qui donnent tort à toutes les évaluations évidemment incomplètes des incidences ("le) système de protection de la nature (...) part du principe, erroné selon moi, que les parties rentable de l’horloge biologique peuvent fonctionner sans les parties non rentables").

 

Après avoir constaté que "les loisirs mécanisés ont déjà investi les neuf dixièmes des forêts et des montagnes, le respect dû aux minorités devrait consacrer le dixième qui reste à la liberté", il invite à "penser comme une montagne" qui, seule, "a vécu assez longtemps pour écouter objectivement le hurlement du loup" et sait en interpréter le bien fondé, la promesse d’équilibre, la contribution au renouvellement dans la continuité.

 

S’il fallait ne retenir qu’un message, je retiendrais celui-ci. Alors que, jeune chasseur, ayant abattu une louve, il imaginait que moins de loups impliqueraient plus de cerfs et donc le paradis des chasseurs, "après avoir vu mourir la flamme verte (dans le regard de la louve, il avait senti) que la louve pas plus que la montagne ne partageaient ce point de vue".

 

Je vous en souhaite une bonne et instructive lecture.


Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre :
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782081412095

Almanach D'Un Comte Des Sables

de Aldo Leopold(Auteur)

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