Americanah : la condition noire, du Nigéria aux Etats-Unis

Mimiche - 14.04.2015

Livre - Littérature américaine - racisme - ségrégation


A la sortie de la gare de Trenton, Ifemelu prend un taxi pour aller jusqu'au salon de coiffure où elle a décidé de se faire faire des tresses.

 

C'est le début d'une rupture.

 

Une rupture avec Blaine. Blaine avec qui l'unique dispute en trois années de vie commune a été le début de la fin même si l'élection d'Obama a, un temps, donné un sursaut à leur histoire.

 

Une rupture avec le blog qu'elle a créé et dont l'audience ne cesse de croître lui assurant une notoriété la conduisant à être sollicitée pour donner ici et là des conférences. Un blog qu'elle alimente au gré de ses rencontres fortuites, de l'observation impertinente de ses concitoyens ou de conversations inopinément interceptées. Un blog d'Observations Diverses sur les Noires américaines (ceux qu'on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine dont l'écho semble se propager aux tréfonds de la société américaine.

 

Une rupture enfin avec l'Amérique où elle est installée depuis de nombreuses années et à laquelle elle veut maintenant renoncer pour retrouver le Nigéria de son enfance alors qu'elle a eu la chance énorme d'obtenir l'inestimable carte verte. Le Nigéria qu'elle a quitté pour aller faire des études aux Etats Unis. Le Nigéria où elle a laissé sa famille à l'exception de Tante Uju qui a choisi l'exil outre Atlantique après l'assassinat du général qui l'entretenait à Lagos. Le Nigéria où elle n'avait jamais réalisé, comme ce fut le cas au moment où elle a posé le pied sur le sol américain, qu'elle était noire !

 

Ce livre est un pavé.

 

D'abord de plus de cinq cent pages, ce qui le place un peu au rang de ces ouvrages d'auteurs prolifiques.

 

Ensuite dans la mare du politiquement correct. De ce qui se dit, ce qui se disait et ce qui ne se dit plus. En particulier sur les races. En particulier sur les Noirs. Ces thèmes qui, envers et contre tout, continuent de pourrir l'image de l'Amérique. Aussi bien cependant que l'image de toute autre pays car « veut, veut pas » (comme disent les québécois), le racisme est quand même la philosophie la mieux partagée au monde et ce, quelle que soit l'origine de celui qui l'éprouve.

 

Dès la troisième page du livre, Chimamanda Ngozi ADICHIE annonce clairement (si j'ose dire) la couleur : « personne ne veut (adopter) de bébé noir dans ce pays. (…) Même les familles noires n'en veulent pas », énonce un interlocuteur accidentel d'Ifemelu.

 

Et c'est un peu le reproche que je ferai à ce (trop gros) livre. C'est qu'au bout de la lecture des dix premières pages, tout a été dit : le racisme, l'exil, la ségrégation, l'ostracisme, l'isolement.

 

Certes, il y a des superbes éclats, de vraies pépites qui émaillent l'histoire et qui sont, à intervalles, reportées dans ce blog qu'Ifemelu utilise pour pointer du doigt toutes ces contradictions que porte l'Amérique.

 

Mais quiconque ouvre un peu les yeux ne peut manquer de constater que ce procès peut être étendu à l'ensemble des peuples de la terre et qu'il n'y a rien là de très neuf parce que c'est malheureusement du ressassé, du dit et redit, du lu et relu, du vu et revu au cinéma, aux informations télévisées ou écrites, partout, depuis trop longtemps.

 

Le petit plus est certainement apporté par l'autodérision à laquelle se livre Chimamanda Ngozi ADICHIE du fait de la couleur de sa propre eau.

 

 

 

Est-ce là ce qui a fait, semble-t-il le succès de cet ouvrage aux Etats Unis ou en Angleterre ? Je ne sais pas. Je ne me l'explique pas. Car si l'ouvrage est agréable, quoiqu'un peu long, il ne m'est pas apparu comme porteur d'un message tellement nouveau ou surprenant.

 

 

 

Au contraire, j'ai un peu peur que son succès traduise une curiosité malsaine pour regarder à nu des gens qui resteraient tellement différents. Un peu comme une visite au zoo. Ou, encore, qu'il ne s'agisse que de l'expression d'un remords, d'une contrition collective de ne pas encore avoir réellement intériorisé ce que le politiquement correct voudrait nous faire croire être devenu une réalité.

 

 

 

Et qui pourrait ne seulement contribuer qu'à confirmer la différence dans l'esprit de tous alors que la véritable évolution sera concrétisée « quand un type ordinaire de Géorgie deviendra président, un Noir ordinaire qui n'aura obtenu que la mention passable à la fac ».

 

 

 

Pour quelques surbrillances comme celle-là, ce n'est pas une lecture inutile.