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André Comte-Sponville, contre la peur : “Mieux vaut agir que trembler”

Jean-Luc Favre - 04.03.2020

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Il est des livres que l’on reçoit, que l’on lit, avec plaisir ou ennui puis que l’on range ensuite précautionneusement sur l’étagère d’une bibliothèque et que finalement l’on oublie, car ils ont cessé d’exister ou presque au moment même où on les a refermés. Et puis d’autres, qui se rebellent, qui se refusent à être oubliés et qui continuent de nous interpeller sur le coin d’un bureau par exemple, ou sur une table de nuit en évidence, à portée de main. 


 

C’est le cas en ce qui me concerne de l’ouvrage d’André Comte-Sponville, intitulé Contre la peur et cent autres propos . Un énorme pavé de 432 pages, certes paru l’année dernière, mais qui de mon point de vue demeure d’actualité à plus d’un titre. Principalement des chroniques ou des articles de presse, des « propos », comme l’écrit le philosophe, parus dans quelques journaux de bon aloi, Le Monde des religions, Challenges, ou bien encore Philosophie magazine. 

Avec en soubassement une somme d’interrogations complexes répondant à une philosophie du quotidien sous le regard éphémère d’une actualité parfois redondante quant aux thèmes abordés ; on songe par exemple aux attentats perpétrés en 2015, la dépénalisation du cannabis, la laïcité, l’écologie, les inégalités, la montée du populisme, l’Europe, et tant d’autres encore agrémentés par des portraits parfois incisifs et caustiques de certains de nos hommes politiques. 

Mais pour dire quoi au juste qui justifie une telle approche à la lumière de quelques événements parfois douloureux qui ont marqué durablement les consciences et qui interrogent encore sur les faits du moment avec parfois des conséquences insoupçonnées, mais toujours perceptibles. Une réflexion à rebours ! 
 

La parole du philosophe a-t-elle un sens ? 


On le sait, André Comte-Sponville n’aime guère le tintamarre médiatique. Il préfère se tenir à l’écart des polémiques et des faux débats. L’auteur du Petit Traité des grandes vertus, et du Bonheur, désespérément, entend quant à lui proposer une autre formulation du dire. Et s’il arpente parfois les plateaux de télévision, ce n’est pas tant pour se « pavaner », que tenter d’intercepter l’écran sur un autre mode d’expression, plus atemporel, celui-là. 

Là où la parole précisément prend sens différemment, et où l’explication se veut alors plus limpide sans pour autant mobiliser des intentions sournoises et des propos à l’emporte-pièce, comme c’est malheureusement trop souvent le cas dans les médias. Rester à hauteur d’homme en somme avec la volonté de décrypter le plus justement possible les affres du quotidien au sein d’une actualité qui se veut avant tout fluctuante et parfois retorse. 

D’où l’intérêt du philosophe de se placer sur un mode de compréhension, moins assourdissant et certainement moins abrutissant. « Confronter sa pensée au monde, dans ce qu’il y a de plus changeant, de plus inquiétant (…) Chercher un peu d’éternité dans l’histoire en train de se faire. » Cela en vaut-il la peine ? Or l’histoire en train de se faire, est aussi celle paradoxalement qui se défait au gré des circonstances et des faits. Une actualité aussi décevante que parfois effrayante ! Aussi le « réel est-il à prendre ou à laisser. Le philosophe aide à le prendre. Mieux vaut penser que se lamenter, mieux vaut agir que trembler ». 
 
Mais où place-t-on alors cette éternité chère au philosophe. Et qu’est-ce finalement l’éternité dans un monde mouvant où la postvérité n’est pas toujours immédiatement discernable ? Et cela en vaut-il la peine ? La vraie question est donc d’abord celle du positionnement intellectuel. Quelle attitude adopter, sans que l’on puisse à un moment donné vous reprocher telle ou telle prise de position ? 

Car il y a toujours un risque de se tromper de schéma d’analyse, faire flop sur la portée d’un événement. Et peut-être est-ce l’avantage de la philosophie, de pouvoir contourner les obstacles sans éprouver niaisement les faits ou, du moins, faire en sorte par de subtiles pirouettes linguistiques que lesdits faits soient rendus audibles et compréhensibles pour le lecteur ou le spectateur. Cet exercice s’avère parfois fort hasardeux et de toute évidence jamais complètement vrai. 
 

La peur au cœur du débat ! 


« La peur a toujours existé par définition parce que la vie est dangereuse, elle l’était bien davantage dans les siècles passés, mais le paradoxe c’est que nous vivons dans nos pays dans des sociétés confortables avec le sentiment que l’inquiétude augmente parfois pour de très bonnes raisons (…), parfois pour des raisons un peu plus mystérieuses. La peur est devenue un sentiment très important », rappelle grosso modo le philosophe pour justifier sa pensée. 

Comme si le temps faisait son œuvre de manière linéaire, voire parfois avec une implacable logique, si toutefois logique il y a, avec en arrière-plan une certaine uniformisation de la pensée dominante. D’où la nécessité de comprendre ce que nous sommes vraiment au cours de notre brève existence ! « Le savoir est à la fois une fin en soi pour tous ceux qui aiment la vérité et en même temps, le savoir, les savoirs sont un moyen au service notamment des techniques, simplement, il ne faut pas oublier que ce qui donne du sens, ce n’est pas les moyens, ce sont les buts, ce sont les fins. » 

Une apostrophe qui se veut plausible certes, mais qui pose aussi la question des finalités, ou tout bonnement de la direction à prendre. Mais quelle direction alors qui ne soit pas le réservoir de l’ignorance ou pire encore des basses œuvres. « Cette question du sens de la vie me parait parfois surexploitée (…). Pourquoi voudriez-vous que la vie ait une signification, la vie n’est pas un discours, la vie n’est pas un symptôme. » 

Et c’est en cela vraisemblablement qu’elle présente un intérêt supérieur dont la légitimité est en partie fondée sur l’expérience acquise lors des siècles antérieurs, mais aussi parce que le passé interroge à son tour le présent en le rendant plus que jamais vivant….


André Comte-Sponville – Contre la peur – Albin Michel – 9782226436702 – 22 €


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