Après la nuit, s'abandonner à la souffrance

Auteur invité - 07.01.2020

Livre - poesie contemporaine - souffrance hopital convalescence - nuit lumiere


POESIE - « ... dès que l’on pénètre en ces chambres, on est seul, à la nuit ajoutant de la nuit. » La voix est lointaine, et grave. Dans la postface, Pierre Dhainaut confie au lecteur les circonstances. « Après, après une très longue opération du coeur et une interminable convalescence... » Comme dans le titre du recueil, Après, les mots se concentrent sur l’essentiel.



Le poète écrit après « Cela ». Il se pose la question : « Pourquoi accorder tant d’importance à la poésie si dans les circonstances les plus rudes elle n’offre aucune aide ou pire, si l’on ne songe pas à lui en réclamer une ? » Tout s’évanouirait-il avec la perte du corps ? Comment dire l’abandon à la souffrance ?

Après plusieurs semaines de rééducation, Pierre Dhainaut retrouve fil à fil les mots « qui aspirent à la lumière », leur promesse d’ouverture, le souffle qui les porte. Jusque dans ses interrogations, le poète manie la langue avec dignité.

Les premiers textes du recueil, des « notes », se fondent sur le souvenir de l’hôpital : Pierre Dhainaut hésite à les nommer « poèmes ». Mais pour le lecteur, le poème est là : dans la cristallisation de l’instant, dans cet espace de l’écriture où se partage une condition humaine qui est la nôtre.

Tout être, au travers de sa propre expérience ou de celle d’un parent, d’un proche, a pu éprouver cette sensation de ne plus s’appartenir. « Inséparables, le nom et le prénom, / la date de naissance inscrits sur le bracelet. »

Cinq aquarelles sur papier accompagnent Dhainaut. « Caroline François-Rubino aime les plaines qui semblent vouloir rejoindre le ciel et que n’arrête pas l’horizon des montagnes », écrit le poète. « Ce nouveau livre est différent. J’ai demandé à Caroline de se mettre au service de poèmes qui expriment d’abord la nuit jusqu’à l’étouffement. »

Dans l’empreinte du volet qui claque et se referme, passe pourtant une lumière, un dialogue entre le rétréci et le possible à naître. Un élan. « [...] mais nous disons, redisons malgré nous, / quitte à nous essouffler, "la source", "la source". » Ou encore : « Pourpre, bleu ou jaune, bleu, jaune ou pourpre, / répétons-les, ces adjectifs heureux. »

On pense à René Char : « Le poète transforme indifféremment la défaite en victoire, la victoire en défaite, empereur prénatal seulement soucieux du recueil de l’azur. » Au coeur de l’effondrement de la Seconde Guerre mondiale, Char avait décidé de ne rien publier, ne gardant que les « notes » du capitaine Alexandre... jusqu’aux Feuillets d’Hypnos publiés en 1946.

Le recueil de Pierre Dhainaut, en quatrième de couverture, s’ouvre sur un livre à naître. « [...] nous pressentirons qu’il n’y a aucune impasse, / mais qu’un poème attend que les mots lui reviennent / avec les vents qui feuillettent les pages / du livre imprévisible... »
Hervé Leroy 


Pierre Dhainaut, aquarelles Caroline François-Rubino - Après - L'Herbe qui tremble - 9782918220824 - 13 €

   



 


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