Argent, sexe, drogue, cynisme et hooligans : Trash Circus, Page 99

Clément Solym - 25.06.2012

Livre - morts - holligans - sauvagerie


On a découvert Joseph Incardona par Petites Coupures, une bande dessinée par Vincent Gravé dont il assurait le scénario : testostérone et violence comme exutoire, une formule qui semble à nouveau au programme de Trash Circus, un roman publié par Parigramme en Noir 7.5 : le calibre va se mesurer aux juges 69/99, au moins aussi impitoyables.

 

« Frédéric Haltier travaille dans l'univers schizophrène de la télé-réalité. Version trash. Argent, sexe, drogue, cynisme… Mais ce jeune homme moderne entretient également une passion secrète pour les rassemblements hooligans, leur violence et leur sauvagerie. Tout irait pour le mieux dans cette existence soigneusement compartimentée si Haltier n'avait la malencontreuse idée de mélanger travail et plaisir. » Les apparences ne sont pas trompeuses : la quatrième de couverture n'est pas très catholique, et promet de mémorables évènements cathodiques. Malgré tout, la concurrence promet d'être rude : du Running Man de Stephen King au Glamorama de Bret Easton Ellis, en passant par le récent carton Hunger Games. On en viendrait presque à penser que violence et télé-réalité s'entendent bien…

 

Page 69 :

« C'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de ma femme. Mon père est dans une salle de réanimation. Le calendrier indique « Sainte-Bienvenue ». » Délicate entrée en matière, avec le détachement de L'Étranger face à la cruauté de l'existence : pas besoin de caméra pour saisir le malaise de Frédéric Haltier. Malaise qui s'amplifie visiblement avec l'arrivée de ses deux filles, affublées de « ces cache-oreilles débiles en fausse fourrure fuchsia ».


Le divorce arrive gros comme une maison, les conflits parentaux, et les enfants qui trinquent : Confessions intimes ? Le gusse n'a pas l'air de particulièrement fréquenter les églises, en tout cas. Sauf aujourd'hui : « Nous attendent 42 kilomètres séparant Forges de La Chapelle-la-Reine où vit Belle-Famille et où, accessoirement, se déroulera la messe in memoriam d'Hélène. » Un bon père de famille, insoupçonnable au premier abord et plutôt affable, voire pénible (« Machinalement, je cherche à lui caresser la tête, mais elle esquive mon geste. »), mais ivre de violence et d'illégalité ? Dexter, Breaking Bad


La télévision met la barre assez haut, pour une fois.

 

Page 99 :

Porte de Saint-Cloud, sur la route du Parc des Princes. L'ambiance y est : « Il a tout de même eu le réflexe de s'habiller avec un jogging, un sweat à capuche et une doudoune sans manches. Baskets de rigueur et bonnet de laine. » Deux lascars, dont le fameux Frédéric Haltier, frottent le bitume pour refourguer un billet. La discussion dérive sur les filles, et le veuf n'est pas le dernier pour prodiguer des techniques de drague du dimanche soir : « Tu ramasses les délaissés du week-end, celles qui, pour une raison ou une autre, n'ont pas baisé la veille et dépriment dans la perspective du lundi. […] Les filles sont beaucoup plus vulnérables le dimanche soir… »


Avant de terminer, pas vraiment inhibé par le chagrin : « OK, c'est peut-être pas un canon, mais c'est comme avec les soldes, tu trouves pas toujours exactement le modèle à ta taille. » Cynique en diable, le gusse en est doublement inquiétant : « C'est bien, mon coco, garde ton oxygène pour tout à l'heure » a-t-il pensé à l'encontre de son compère. Bien que le genre psychopathe soit plutôt en vogue, les pages 69 et 99 seules ne suffiront pas pour  assouvir notre curiosité vis-à-vis de ce psychopapa.

 

Si le « jeune homme moderne » injecte dans ses émissions autant de détachement, accompagné d'une pincée de « rassemblements hooligans », le résultat devrait s'approcher d'une retransmission en direct du Fight Club de Chuck Palahniuk.

 

Après tout, on n'en parlerait pas, on ne ferait que regarder la télé…



Trash Circus, à retrouver dans notre librairie

avec Decitre