Arkansas, Pierre Mérot

Clément Solym - 08.10.2008

Livre - Arkansas - Pierre - Merot


« Y'a des détails, qui trompent pas, j'crois qu'Houellebecq est entré chez moi », pourrait-on dire pour reprendre Bénarbar. Certes, oui, l'écrivain français qui a publié un recueil de lettres échangées avec BHL n'avait pas besoin de cela, mais Pierre Mérot lui a fait l'honneur de quelques pages. Enfin quelques... trop eu égard au sujet, d'ores et déjà et puis trop bien écrites pour celui qu'elles désignent.

 L'astuce de Pierre Mérot aura été de ne jamais nommer l'écrivain, et de lui substituer le prénom Kurtz (en référence au mentaliste canadien ? Vaguement au chanteur grunge suicidé ?)... Mais y'a vraiment des détails qui ne trompent pas. Cette allusion à la façon de tenir ses cigarettes, qui s'affiche si bien sur la couverture des Particules élémentaires, par exemple. Ou une description physique bien envoyée. Voire un portrait moral tout aussi efficace...

De page en page, Traum (-atisé ? -atisme ?) raconte son expérience de vie avec Kurtz : leurs rencontres, leurs échanges. La pertinence de l'un devant l'admiration de l'autre. Et en parallèle, se déroule la vie de Kurtz, en Arkansas, « un ranch abandonné qu'on ne sait quel excentrique américain avait baptisé » ainsi. Dans ce Houellebecqland, des fans affluent. Dédié au culte de l'écrivain, chacun vient y faire les frais de son avarice, en payant, comme à un gourou de secte, le confort matériel et physique de Kurtz...

Fulgurance intéressante, Kurtz, qui a écrit Clonages, a perdu « la moitié de ses lecteurs », alors qu'au cinéma, La possiblité d'une île a eu le mérite de rendre les commentaires unanimes : c'est nul.

Alors quid de cet Arkansas, utopie dérisoire et morne, morne plaine, oserait-on presque ? S'il faut démasquer sous le personnage de Kurtz des traits appartenant également à Pierre Mérot, comme certains le suggèrent, reste qu'une impression écrasante vous saisira : Houellebecq hante les pages, les lignes, et même les vides entre les lignes. Et c'en est éprouvant.

Pire, on ne parviendra plus à se dégager de cette grille de lecture dès lors qu'on l'aura eue en tête, et nous vous l'avions annoncée de longue date. C'est dire si pour nous, la possibilité d'une chronique pas franchement orientée devenait complexe. Les adorateurs du demi-dieu littéraire Wel-bec n'y trouveront sûrement pas leur compte, les connaisseurs de Pierre Mérot seront probablement gênés de cette insistance... et pourtant.

L'indigence du sujet n'a d'égale que l'intelligence qui le traite. Le style est fluide, les pages se tournent sans vous – faudrait pas en plus demander au lecteur de participer à cette mascarade, non, mais ! Pierre Mérot, voilà un poncif, écrit très bien. Sa langue est agréable, ses tournures enlevées et jouissives l'humour qui s'en dégage avec une subtilité reptilienne.

Mais non. Impossible. Le thème n'a vraiment aucun sens. Consacrer un livre à ausculter, détailler, mettre en scène dans un paradis de bungalows sous-loués à des lobotomisés préfrontal, qui n'ont de vie qu'à travers Kurtz, c'en est trop. Et frapper sur Michel Houellebecq plus encore, c'est tout à la fois un peu trop régulier aujourd'hui, conforter sa sensation d'être victime d'un lynchage médiatique, et malgré la plume de Pierre Mérot, un peu pénible...

D'autant qu’Extension du domaine de la lutte était plutôt une réussite, et que si l'homme en prend actuellement pour son grade, et que son film n'a pas convaincu, il y aurait, dans cet acharnement – thérapeutique ? On retrouvait déjà la présence de Houellebecq dans Mamifères, du même Mériot, non ? – à décrypter l'auteur et en dresser un portrait d'égotiste forcené, quelque chose de trop systématique pour être intéressant. En dépit de la pertinence que cela peut avoir. On connaît l'affection de Michel pour Rael...

Juste dommage, comme nos jeunes diraient aujourd'hui.



Retrouvez Arkansas, sur Place des libraires