Au fond, de Philippe Artières : dans les galeries, avec les mineurs

La rédaction - 24.02.2017

Livre - Au fond Philippe Artières - Lorraine mines travailleurs - histoire mineurs dangers


Philippe Artières se définit comme un historien de l’en deçà, des écrits ordinaires, jusqu’aux bas-fonds. Nous l’avions découvert avec Le Livre des vies coupables paru chez Albin Michel en 2000. Autobiographies d’assassins écrites par des condamnés à la fin du XIXe siècle à la demande du professeur de médecine légale Lacassagne à des fins d’expérimentation en criminologie.

 

 

 

Déjà, chez l’historien, cette volonté d’être seulement un passeur, de poser le moins d’écrans entre les écrits et le lecteur : petit avant-propos, présentation courte, peu de notes.

 

On retrouve cette même ambition dans Au fond. Composé comme un collage, un accrochage, dit l’auteur, de textes et de documents divers où l’historien intervient peu : archives personnelles, photographies, articles de journaux, correspondances privées et officielles, enquêtes administratives, plaque commémorative, etc.

 

Matières éparses des années 1960 où le lecteur identifie trois récits : l’un intime celui de la mort du frère de l’auteur à l’âge de trois ans à travers les témoignages de la mère, un autre de la grève des houillères de Lorraine en 1963 qui annonce la fin de l’exploitation des mines alors même que les mineurs gagnent, le troisième celui de la forêt gérée par l’un de ces ancêtres, un juriste du nom de Gény, de sa transformation de feuillus en conifères, de son exploitation pour fournir le bois afin d’étayer les galeries.

 

[Extrait] Au fond de Philippe Artières  

 

De ces Gény, Philippe Artières a tiré un autre sujet d’enquête, son arrière-grand-oncle, théologien assassiné à Rome en 1925. Il en a fait un livre de la même facture, Vie et mort de Paul Gény (Le Seuil, 2013) et une sorte de performance dont rend compte Reconstitution, où on le voit en soutane, photographié dans les rues de Rome, revivre la passion et l’assassinat de l’ecclésiastique.

 

Une manière peu conventionnelle de faire l’histoire, une histoire tremblée, ouverte ; manière qu’il poursuit ici avec l’ambition de faire de chaque lecteur un historien.

 

Daniel Chini

L’Arbousier (Oraison)

 

en partenariat avec le réseau Initiales