Au jardin des fugitifs, la culpabilité à fleur de peau

Victor De Sepausy - 28.01.2019

Livre - Jardin des fugitifs - Ceridwen Dovey - Heloise d'Ormesson


ROMAN ETRANGER – La culpabilité, cette seconde peau qui s’étrécit à mesure que le temps passe. L’histoire d’échanges épistolaires entre une femme d’une quarantaine d’années et son ancien bienfaiteur. Le tout à la lumière d’un passé colonial écrasant.
 
 
Tout commence, parfois, avec la mort d’un animal, victime des hommes. La culpabilité devient plus simple à canaliser, à extérioriser. En recevant un courrier de Royce, l’Américain qui l’avait jadis prise sous son aile, Vita a le souffle coupé. Ce dernier ne souhaite que renouer le contact.
 
Mais en regard de son histoire à elle, de leur passé, cette demande pourrait tout aussi bien être rejetée. Sauf que Royce est malade, et en train de mourir. Dix-sept années après leur dernier échange, cet email jailli des profondeurs du réseau va déclencher une suite de confessions mutuelles, où transparaissent la honte, les fantômes et les non-dits.
 
C’est pourtant Vita qui, explicitement, lui avait imposé le silence, en exigeant qu’il cesse tout contact avec elle.
 
Vita avait passé ses années universitaires à Boston : elle, élevée par des militants politiques, avait voyagé d’Afrique du Sud – où elle est née – vers l’Australie – où elle s’expatria à plusieurs reprises.
 
C’est qu’au-delà de leurs histoires sombres, le partage de leurs sombres secrets, on découvre la perte d’un être cher – une mort soudaine, une disparition. Et l’encombrant héritage d’un temps ancien, qui finit par écraser, par le poids des souvenirs. Entre ce que l’on a admis et ce qui reste à accepter, la fragilité de chacun s’exprime.
 
Et le lecteur de naviguer dans une douloureuse torpeur : celle des expériences dont on ne se délivre qu’au prix d’instrospections qui peuvent ne pas finir.
 
La langue de Ceridwen Dovey aboutit à une oeuvre saisissante, dont l’élégance des images est parfaitement mesurée. De cette improbable relation, entre deux êtres aux parcours si distincts, n’aboutira pas à un confrotable final. Entre racisme et culpabilité, les rouages de la psychè humaine se trouvent mis à rude épreuve.
 
Et la romancière australienne fait preuve d’un talent évident.
 
  
Ceridwen Dovey, trad. Josée Kamoun (anglais - Australie) – Au jardin des fugitifs – Héloïse d’Ormesson – 9782350874685 – 22 €


Notre dossier Rentrée d'hiver 2019 : une nouvelle année littéraire lancée


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Pour approfondir

Editeur : Heloise D'Ormesson
Genre :
Total pages : 382
Traducteur : josée kamoun
ISBN : 9782350874685

Au jardin des fugitifs

de Ceridwen Dovey

Vita n'a jamais réussi à apprivoiser la culpabilité qui la ronge, celle d'être une Sud-Africaine blanche expatriée à l'heure de la déségrégation. Royce, 70 ans, est hanté par les fantômes de Pompéi, et parmi eux, celui de l'amour de sa vie, Kitty.

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