Au Nord de Mogador : la poésie de William Cliff, “pour célébrer la vie”

Nicolas Gary - 05.02.2018

Livre - William Cliff poésie - nord mogador poésie - poèmes monde contemporain


On entre dans la poésie de William Cliff sans marche sur des œufs : nulle précaution linguistique, nulle culture de l’hermétique n’est requise. Voici des vers qui n’échapperont pas au lecteur par de maléfiques détours. La poésie est ici expressive, immédiate, fluide. Et non moins chargée d’humeurs changeantes.




 

Au Nord de Mogador que trouve-t-on, véritablement ? Polyphonique, ce nom propre nous fait voyager du Maroc — ancien nom d’Essaouira — jusqu’au 9e arrondissement de Paris, référence justement aux combats de Mogador, en 1844. Poussera-t-on jusqu’à cette danseuse du XIXe, Céleste Mogador, ou encore au général dans Tintin et L’oreille cassée ? Au choix de chacun. 
 

Pour Belge, invoquer Tintin n’a rien d’improbable, après tout. Pour un poète, cela reste à voir, mais Cliff a le don du vers qui perturbe et dérange, parfois dans son prosaïsme : 

 

Nous étions des enfants assez sales, c’est sûr, 

nous ne faisions pas souvent de « toilette intime », 

« prendre une douche » était une chose inconnue

puisque de douche jamais nous n’en avions vu.

 

L’alexandrin est perturbé dans sa structure et son rythme même. Mais c’est pour mieux prendre le chemin des écoliers : il s’évade, s’émancipe. Le sonnet, si français, dans sa forme classique même est malmené. Ce qui n’empêche pas de lui trouver le souffle de l’aphorisme :


Alors on est heureux quand quelqu’un par son aide

Nous tire d’une embûche où périssait notre être. 

 

On aime tout particulièrement voir à la rime « des sales bêtes » avec « d’ineptes prétextes », quand Cliff évoque le « petit insecte humain ». Toute cette vermine que forment ses congénères mérite bien un peu de commisération.

 

La variété des sons, des images et des vers, nous embarque dans un voyage terrestre, passant de New York au Luberon, de la Belgique à Porto-Rico. Sorte de tour du monde avec les mains dans les poches — nul besoin qu’elles soient crevées ! — pour s’ouvrir au monde, à ses senteurs et sa simplicité. On boit parfois des vodkas pour fuir l’ennui, de même qu’on s’enivre « pour célébrer la vie ». 

 

On s’éclaire à la bougie quand « la technologie moderne fait défaut » et l’on y invoque la sagesse de ne pas s’en prendre aux morts « qui n’ont plus l’occasion / de se lever pour se charger de leur défense ». On se chauffe la carcasse vieillie au soleil, et l’on sait qu’une fois caché par la Lune, l’astre disparaît, mais « ce n’était qu’une éclipse et rien de plus ».

 

Et dans le périple de ces portraits de voyages et de voyageurs, avant tout, on préserve la douceur des choses les plus anodines : « C’est agréable d’être nu et de lire un livre ». Autant que de s’embarquer Au Nord de Mogador.


William Cliff – Au Nord de Mogador – Editions Le Dilettante – 9782842639310 – 15 €


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