Au pays des kangourous, Gilles Paris

Clément Solym - 19.01.2012

Livre - Roman - Au pays des kangourous - Gilles Paris


Simon a neuf ans et raconte, à sa manière, avec délicatesse et une grande sensibilité mais aussi avec beaucoup de maturité, un moment  particulier de sa vie, celui où son papa s'est retrouvé, un matin, tout ratatiné dans le lave-vaisselle, incapable de réagir, de sourire. « Ses yeux gris laissent sortir la tempête, de grosses gouttes qui me tombent dessus. »


Avec l'aide de sa grand-mère, l'énergique Lola, il va tenter de réinsérer son papa dans le quotidien, essayer de comprendre pourquoi « sous ses yeux, il a des vilaines poches comme des petits sacs à soucis », pourquoi il n'est pas comme d'habitude,  pourquoi il semble souffrir de tout, est si épuisé qu'il dort chaque jour davantage.  Bref,  comment son père est devenu un vrai héros fatigué !


Au fil des pages Simon laisse défiler sa vie, évoque le quotidien avec Paul, son père (« Mon papa, c'est Hulk »), l'absence de sa mère,  directrice de marketing chez une grande marque de yoghourt et partie « au pays des kangourous », rarement là et si détachée avec son fils lorsqu'elle revient momentanément à la maison qu'il comble ce manque en « vidant six yaourts à la pêche, lentement jusqu'à ce que le sourire revienne sur sa bouche ».


Il raconte aussi les disputes entre ses parents lorsqu'elle est de retour, puis les silences qui bientôt viendront les remplacer. « Quand maman est à la maison, elle est surtout amoureuse de son portable. » Simon sent bien que tout cela a fini par emporter la joie de son père, lui ôter toute envie d'écrire (c'est son métier) et d'assumer son rôle de père. Le voilà maintenant absent, lui aussi et c'est Lola, la grand-mère, qui, le temps d'une dépression, fait office de famille pour Simon. Et quelle famille !


En effet, sa force et son entrain rassurent et apaisent. Son énergie empêche à Simon et au lecteur de sombrer dans la tristesse et le chagrin. Pétillante et farfelue, elle est l'élément de réconfort indispensable à Simon pour prendre de la distance et analyser tout en finesse ce qui arrive à son père. Jamais le récit ne sombre dans la mélancolie ou l'extrême douleur ; il y a toujours un espoir, des petits moments de bonheur et de rêve qui permettent de supporter cette épreuve. 


Et puis il y a Lily, la petite fille aux yeux violets qui veille sur son père lors de ses séjours à l'hôpital, qui réconforte, apaise les angoisses et explique à Simon la maladie temporaire qui affecte son père. « C'est comme un poison qui se répand partout en toi. Ce poison te rend triste et pas une seule blague ne peut te faire sourire. Alors le médecin essaie des antidotes pour tuer le poison […] Et un jour celui qui est entré en toi s'en va. Peut être que les médicaments ont fait ce qu'ils avaient à faire. Mais, en réalité, ce qui a chassé celui qui est entré en toi n'est autre que toi-même. Il faut de l'aide, et de la force, et du temps, parfois beaucoup de temps. »


Un récit poétique de bout en bout dont on voudrait retenir chaque expression, qui raconte la dépression avec justesse, sans accent tragique ni pathos excessif. Un récit plein de vie également, où chacun trouve sa place, où l'on sourit presque à chaque page, où nul n'est jugé ni condamné car tout s'explique finalement, où la fragilité de l'être attache intensément. Si des larmes viennent à couler à la lecture, elles seront douces et agréables, sans inquiétude.


Un livre porteur d'espoir, jamais tragique et souvent drôle. Et tellement beau qu'il devient incontournable et magique ! Une émotion pure et rare qui se savoure encore longtemps après l'avoir renfermé. Où comment la douceur des mots, leur simplicité, leur sonorité, les images qu'ils construisent séduisent sans artifice et font vibrer le lecteur tout entier, sans détours, au plus près. Au mieux.


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photo : © Sophie Daret