Au pays des particules radioactives et des déchets humains

Clément Solym - 15.03.2012

Livre - Un homme jetable - Aude Walker - radioactivité


Pour comprendre l'énergie nucléaire, c'est simple. Il faut se figurer une boîte à chaussure, remplie en partie d'eau, et d'uranium. On agite l'uranium pour qu'il produise de la chaleur, laquelle changera l'eau en vapeur, qui sera changée en électricité. Essayez donc dans votre chambre, ça ne prend que quelques secondes pour se rendre compte des difficultés - outre celle de se procurer de l'uranium.  (voir le mode d'emploi, sur Wikipedia

 

La nature, qui a pourtant horreur du vide, n'avait cependant pas inventé la fission nucléaire, par laquelle se produit l'émission de chaleur, contrairement à la fusion, qui elle intervient notamment dans toutes les étoiles connues. On parle même dans ce cas-là de fusion thermonucléaire. 

 

Ni l'une ni l'autre ne sont réellement conseillées pour un être humain. Sauf que votre boîte à chaussure, il faut bien la nettoyer de temps à autre. Preuve en est, les différents désagréments que l'on peut recenser, comme suite à une exposition trop intense. C'est que l'atome, et pas de Savoie, c'est facétieux : invisible, inodore, incolore et silencieux, et pourtant, bien présent partout autour de nous.

 

Ainsi, en cas d'irradiation forte, inhérente à trois facteurs (le temps d'exposition, comme le coup de soleil à la plage, la dose et la substance), l'être humain peut assez facilement attraper un cancer. Le taux moyen d'exposition est calculé en millisievert, mSV, par an. C'est que l'ADN est globalement sensible au rayonnement électromagnétique. Et que si l'on y touche de trop près, ou qu'il se trouve dégradé, difficile d'échapper à la tumeur. 

 

Comble de l'ironie, les conséquences de l'irradiation n'apparaissent que bien des années après l'exposition. Avec un truc aussi vicieux, on comprend l'envie de certains de fermer les centrales partout dans le monde. Oui, parce que votre boîte à chaussure bourrée de petits morceaux d'atomes, pour la nettoyer, il faut bien des humains que l'on expose aux radiations. 

 

Histoire de donner un petit nom joli, on parle de syndrome d'irradiation aiguë pour les personnes qui ont été en contact avec des doses de radiations supérieures à celles que l'on trouve dans la nature. On trouvera un joli tableau sur le sujet sur Wikipedia

 

En général, la survie à une dose de radiation intense n'existe que dans les comics. Dans la vie réelle, c'est plutôt le cancer, la leucémie - comme dans le livre d'Aude - quelques années après la très forte exposition. 

 

Du reste, son livre ne raconte pas autre chose que le destin tragique d'un vieux bonhomme qui s'est battu pour les ouvriers du nucléaire, ceux qui vont nettoyer les boîtes à chaussures. Et la vie d'un jeune con de 19 ans, qui découvre les risques de l'exposition, les métiers qui entourent les centrales - attention, pas les postes des agents EDF, plutôt ceux des intérimaires qui viennent pour jouer les femmes de ménage. 

 

Aude Walker

 

Le bouquin ne fait qu'une centaine de pages : autant ne pas en dire trop, de peur de tout dire. En soi, le récit n'est pas dément, les éditions du moteur n'ayant pour vocation que de proposer des livres qui pourraient être adaptés pour le cinéma ou la télévision. Il semblerait que l'an passé, un auteur se soit fait déposséder de son ouvrage - après avoir demandé que le livre ne paraisse pas. Mais ce fut silence radio de la part de l'éditrice. 

 

C'est un peu l'ironie de la chose : histoire d'hommes jetables, dans le nucléaire, comme d'auteurs jetables dans l'édition. Le cancer et la leucémie en moins, sauf s'ils prennent d'autres formes dans l'édition. 

 

Du reste, le livre d'Aude Walker, oui, c'est un peu cher payé pour cent pages à peine. Mais il y a la petite dose d'émotion, d'humanité, et de cette modernité qui a besoin d'être agressive. M'enfin, sûrement autre chose de mieux à découvrir. On tenait simplement à vous en avertir… Mais c'est toujours l'occasion d'évoquer le sujet, et d'en parler : ces derniers temps cela fait du bien.

 

 

Un homme jetable, de Aude Walker