Au pays des vermeilles, Noëlle Chatelet

Clément Solym - 08.10.2009

Livre - pays - vermeilles - Noelle


L'émerveillement d'une naissance... Pour la famille, c'est toujours une joie indicible. Pour les proches, cela laisse présager les séances Galerie photos – soyons modernes, les diapos, c'est dépassé – du petit, depuis la cohue du départ précipité de la maison au papa, un peu empoté, tenant sa progéniture dans ses bras. Pourtant, ce sentiment, cette ferveur, chaque famille nouvellement créée la connaît : étrange que l'on soit aussi peu réceptif quand il s'agit des autres, sinon par une politesse cordiale.

En ouvrant le livre de Noëlle Châtelet, on se dit que vermeil fait bien écho à la carte du même nom, puisqu'il s'ouvre sur les réflexions d'une nouvelle grand-mère face à sa petite-fille. Puis celles de la mère qui devient alors sa mère, ayant connu l'accouchement. Des changements de place, de rôle, de fonction : un petit bout de pas grand-chose vient soudain de bousculer votre existence. En même temps, neuf mois déjà que vous étiez prévenus, faut peut-être pas pousser...

Chaque chapitre est comme une saynète, où l'une des femmes contemple le rejeton : c'est une découverte de cette fonction sociale – être mère – et la compréhension de celle occupée jusqu'à lors par sa propre mère. Pour qui le monde vient de changer : autre époque, autre rôle. Le jeu des dominos s'enclenche, le temps fait son oeuvre. De fille, on devient mère, puis mère d'une mère, etc.

« Davantage que l'enfant, l'enfant de l'enfant ne vous rend-il pas immortel ? » Possible. Le jeu s'écrit d'une femme à l'autre, alors que le père, lui, disparaît progressivement, s'estompe comme les femmes se retrouvent, se découvrent et avec un peu de chance, se comprennent. Et si l'on ne doute pas que l'émotion parcoure les pages de ce livre, voire les emplit, ce trio d'empathie tourne vite en rond.

Entre celle dans son berceau, occupant le premier rôle, alors qu'elle est avant tout ramenée au statut de figurante, et celles qui défilent devant, au-dessus du berceau, on se convainc progressivement que toute naissance doit s'apparenter à ce que Hegel disait du Beau. C'est l'universel sans concept. Pareil pour ce bébé qui débarque : nous partageons tous l'événement, mais impossible de ne pas préférer le sien à celui des autres.

Au moins le livre est-il bien écrit et facile à lire, si l'on oublie quelques entorses rhétoriques, comme ces phrases nominales, brèves et qui vont toujours de pair, une sorte de litanie, martelée, en deux coups secs ou non, mais qui frappe un peu trop régulièrement.

Effectivement, l'oeuvre de Noëlle Châtelet tendait immanquablement vers cette dernière pièce d'un puzzle humain, et plus particulièrement féminin, mais j'ai peur que l'homme au fond de moi ne se soit senti largement exclu de cet événement. Si quelques notes d'humour arrachent çà et là un sourire, il s'estompe bien vite sous les aller-retour des femmes entre elles. Même le bébé a plus de place ici.

C'est ce que l'on doit désigner la solidarité féminine. Une expression que je n'avais jamais encore comprise, manifestement.



Retrouvez Au pays des vermeilles, de Noëlle Chatelet, en librairie



Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.