Au Secours pardon, Frederic Beigbeder

Clément Solym - 28.11.2007

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En commençant la critique, je me suis demandé si je n'allais pas me faire suer à inverser tous les « r » que l'article contiendrait, histoire de sentir un peu plus la critique du dernier roman de notre Fréddo national me peser sur les nerfs autant que son bouquin m'avait… comment dire tout en restant poli ? Blasé ?

Tu pardonneras sans doute la trivialité de ma prose Fred, mais franchement voilà typiquement le genre de suite dont tu n'avais pas besoin de nous gratifier. Et Dieu sait, et pas le dieu rhétorique que ton personnage invoque à tour de bras, pourtant que j'ai aimé nombre de tes écrits, à commencer par 99 francs. Et ouais. Au risque de choquer notre aimable lectorat, j'ai pris un plaisir sadique à dévorer la descente aux Enfers d'Octave. Quoique les Enfers, il semblait déjà bien dedans.

Alors de quoi s'agit-il. Pour résumer, Octave est sorti de prison, il a regagné une agence de recrutement de mannequins et par piocher en Russie le prochain incarnat de la Beauté. Son boulot ? Talent scout, tout un programme qui foutrait une colique nephretique à n'importe quelle cheftaine…

Arrivé sur place, il retrouve un ancien camarade devenu prêtre orthodoxe dont l'épaule compatissante va servir de tabernacle, si je puis dire aux lamentations et autres jérémiades du petit Parango. Le nom de famille d'Octave, dois-je le rappeler pour les retardataires de 99 francs. Et là, je vais baiser mes veaux, comme disait Desproges. Entre deux mannequins qu'il nique sans plaisir, de l'alcool à tout va et des drogues et tous genres, Octave nous entraine dans sa médiocrité dorée.

Sa confession d'un enfant du siècle – me dis pas que t'as pas relu le texte de Musset avant de te mettre à ton roman, ce serait pire qu'un mensonge – va s'étendre eu fil des saisons, entrecoupée de témoignage recueilli par la police en provenance de ceux qui ont fréquenté Octave.

Me fais pas dire ce que je ne pense pas, Freddie. Y'a de bonnes idées dans ton bouquin. Je pousserais même jusqu'à reconnaître que t'as réussi par moment à faire passer pour des innovations des techniques littéraires passablement éculées. Mais la nouveauté ne fait pas le succès ni la richesse d'un texte, tu le sais bien. L'actualisation de procédés anciens, quand elle est bien ficelée donne un rendu plutôt convaincant.

Le but d'Octave est simple : « Que trois milliards de femmes aient envie de ressembler à la même. » Alors il prospecte, parallèlement à sa confession. Et il traque jusqu'à ce que le prêtre lui présente Léna, une ado défoncée qu'il rencontre à Saint Pétersbourg. Forcément, ce pauvre type tombe amoureux de l'innocence qu'il semble lire en elle et son calvaire reprend là où il l'avait abandonné. Plus près de toi Satan, plagierait-on sans peine.

Ton style, personnellement je l'apprécie. Pour son mordant, pour tes traits d'humour cyniques bien sentis, pour certaines phrases que j'aurais aimé avoir à ta place… À ce titre, tu ne m'en voudras pas d'en dévoiler un : (je te paraphrase à peine) « Pour réparer une voiture, on fait appel à un garagiste, alors il est juste de faire appel à une prostituée pour le sexe. » J'aime. C'est désinvolte et croustillant, tout ce qui fait plaisir.

Mais pour le reste, c'est du mièvre. Franchement. Octave a beau plonger dans les bas-fonds de la perversité, c'est plat, ennuyeux pour beaucoup. D'autant plus vaines sont ses gesticulations qu'elles ne sont que trop des resucées de scandales avortés. Ses provocations lassent plus qu'elles n'enthousiasment et l'on sent que la veine est tarie. Heureusement, tu ne pourras pas, mon petit Fred, transformer cela en trilogie. Et c'est heureux.

Heureux parce que malgré les deux ex machina que tu sors de ta manche tel un magicien maladroit tente de dissimuler ses astuces, on sent tout venir de loin. Tu te retrancheras derrière le fait que ce n'est pas là que repose le texte. Non, du moins je l'espère. Le caractère humain et la détresse doivent primer. Certes. On t'accorderait encore une remise de peine et quelques pater noster, si l'on ne percevait pas à quel point ta pseudo dénonciation n'est qu'une poudre aux yeux sans goût ni saveur. Ça aveugle un instant, mais même la plus humble brise la chasse.

Bref, j'ai pas envie de massacrer ton bouquin, parce qu'il y a du bon. Mais je me suis forcé à le finir quand j'ai englouti L'Amour dure trois ans. Peut-être qu'il est temps de faire un breack avec ce genre que tu affectionnes et dans lequel tu as montré que tu te frayais une voie avec aisance. Laisse à d'autres la charge de poursuivre l'ornière que tu leur as ouverte. Ils iront aveugles sur le sentier tracé pour eux. Mais ne perds plus ton temps.

Ni le mien accessoirement. Vu la quantité de livre que j'ai à lire, j'en ai peu à te concéder pour d'autres piétinements de cet acabit. Plus le temps de le lire. Ce qui n'a pas de prix.