Au sortir de la longue nuit, la Renaissance française

Audrey Le Roy - 26.03.2018

Livre - histoire renaissance arts - Europe artistique renaissance - âge d’or artistique


« La destruction pour la renaissance, non pas d’un nouveau monde, mais de celui de l’âge d’or. » Ne nous le cachons pas, la Renaissance, pour la plupart d’entre nous se résume en trois noms propres : François Ier, Léonard de Vinci et Chambord. En insistant un peu, on y ajoutera Florence.




 

En gros, la Renaissance est synonyme d’âge d’or artistique. Et de fait, Botticelli, Michel-Ange, Titien, Caravage, Jan van Eyck ont bien existé, certes, de là à oublier qu’il y a eu des artistes avant et après… Didier Le Fur, éminent historien spécialiste des XVe et XVIe siècles français, souhaite tordre le cou aux idées reçues en publiant chez Perrin, Une autre histoire de la Renaissance.

Ne cherchez pas les chapitres consacrés à l’art italien, aux châteaux de la Loire, à Léonard de Vinci, vous n’en trouverez pas. À la réflexion, je me demande même si Léonard de Vinci est même cité ne serait-ce qu’une fois. Pour l’historien, cette image que nous avons de cette époque est issue du « regard bienveillant d’intellectuels sur eux-mêmes. » Le ton est donné. Et de préciser qu’« en 1547, le mot “art” désignait les arts libéraux — médecine, mathématiques et architecture. »

Et de poursuivre, si jamais vous n’étiez pas encore convaincu, que c’est Jules Michelet qui le premier mit une majuscule au mot renaissance afin de « l’employer pour identifier ce temps politique dans son Histoire de France ».

Nous y voilà, la Renaissance comme nous l’idéalisons est une construction du XIXe siècle.
 

D’ailleurs, elle commence quand la Renaissance ? En 1453, avec l’invention de l’imprimerie ? En 1492, avec la découverte de l’Amérique ? En 1494, quand l’armée de Charles VIII découvrit l’Italie ? Bien malins ceux qui pourront y répondre avec certitude. Les frontières du temps sont souvent bien floues…
 

Et pourtant, d’après l’auteur, les hommes de cette époque, qui chevauche le XVe et le XVIe siècle, ont cru à cette renaissance. Là est tout le paradoxe : un historien qui nous dit que c’est une construction et qui dans un même temps nous informe que ceux qui l’ont vécu y croyaient. Ils croyaient oui ! Ils croyaient en Dieu ; ils croyaient en des prophéties, en la Kabbale ; ils croyaient à tout ce qu’on pouvait bien leur dire pourvu que ça leur assure une place au paradis.



La bataille de Pavie par Ruprecht Heller

 

Les rois et les papes successifs en avaient bien conscience. Ils allaient allègrement s’en servir pour justifier leurs besoins de conquêtes. Car c’est bien là le sujet de ce livre, montrer que cette période soi-disant si riche ne fut, en fait, qu’une succession de batailles dans l’optique d’augmenter son territoire et ce, en prétextant la volonté divine et donc la chasse à l’hérétique.
 

Hérétique, vous avez dit hérétique ?


L’Empire ottoman, qui s’étend inexorablement, qui a fait tomber Constantinople, l’autre Rome. Pour aller lui faire la guerre, il faut passer par l’Italie, la Sicile, alors dans la foulée on essaie, que l’on soit Français ou Espagnol, de gratter quelques terres qu’on estime à soi. L’Italie a été pendant près de 70 ans « le cimetière des Français », des Espagnols, entre autres, et bien sûr de nombreux Italiens qui ont fait les frais de ce sinistre jeu entre les puissances, entre les ego. On ne poussera cependant pas, ou peu, jusque sur les terres de l’Empire ottoman, ça n’empêchera pas d’écrire sur eux « des mots qui fabriquèrent une caricature durable de cet Autre. »

Bien sûr, cet autre, ça sera aussi le Juif, coupable de n’avoir pas cru en l’avènement du Christ et… le Huguenot. La chasse à ces derniers qui deviendra la marotte des rois de France après qu’ils ont compris que, suite à la défaite de Pavie, leurs rêves de conquêtes italiennes s’étaient évanouis.
 

[Extraits] Une autre histoire de la Renaissance
de Didier Le Fur
 
 

Voici un livre d’histoire où bien souvent on se dit, à propos de ceux qu’on y croise, quel que soit le pays qu’ils représentent, « voici bien des hypocrites, des opportunistes, pour qui le peuple est crédule et juste bon à servir leurs propres intérêts », du haut de notre fierté on se dit encore « ça ne se passerait plus comme ça aujourd’hui »… et puis arrive la conclusion de Didier Le Fur, « pour rassurer et entretenir l’espérance, ils se firent représenter en homme d’action. Ils le font toujours. […] Les mots ont changé, pas l’idéal. » 


N’aurions-nous rien appris ? Je laisse une nouvelle fois la parole à l’historien : « Quant au rêve de paix universelle, c’est par l’unité de ces nations, qui se sont tant déchirées pour cette cause, qu’elle s’accomplit depuis plus de soixante-dix ans. Jamais, en effet, ces peuples européens n’ont vécu si longtemps en paix que depuis la création en 1951 de la Communauté européenne, devenue Union européenne. La recherche de l’homme providentiel était finalement une très mauvaise idée. »

À bon entendeur… !
 

Didier Le Fur – Une autre histoire de la Renaissance — Éditions Perrin — 9782262070595 – 22 €/Ebook 9782262075859 – 15,99 €


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Pour approfondir

Editeur : Perrin
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ISBN : 9782262070595

Une autre histoire de la Renaissance

de Didier Le Fur

La grande synthèse non conformiste sur la Renaissance Française (1450-1550), par le plus fin connaisseur du sujet, en une forme accessible et abordable. La France, au XVIe siècle, se serait réveillée après une longue nuit, le Moyen Age, pour embrasser avec éclat et gourmandise la modernité. La civilisation française, avec ses us et coutumes, son élégance et son esprit, était née. Si depuis quelques années les historiens ont largement nuancé cette vision simpliste, ils ont convenus de la réalité de la révolution culturelle qu'aurait été cette Renaissance du XVIe siècle. Il reste pourtant un fait incontestable : si le joli tableau brossé à coup d'affirmations et d'exemples pris çà et là depuis deux siècles peut effectivement faire illusion, les auteurs de cette peinture ont effacé ou oublié, pour fabriquer cette féérie, une foultitude des personnages, d'évènements et d'idées. Les hommes du temps n'avaient en réalité rien de progressiste, bien au contraire. Les nouveautés, qui occupent une place très secondaire, ne touchèrent qu'une toute petite minorité de privilégiés. C'est donc à une redistribution des rôles que ce livre est consacré, afin de proposer une autre réalité de la Renaissance française, celle que la majorité des individus vécurent, celle qui faisait leur quotidien. L'auteur montre notamment qu'il ne s'agissait alors pas d'inventer un monde nouveau, mais bien de rétablir une splendeur passée, un âge d'or où les hommes vivaient en harmonie, épargnés des fléaux bien réels de l'époque : les guerres, les épidémies et les famines. Bref; que le désir d'un retour à un passé fantasmé l'emportait sur la conviction de vivre un grand bond en avant. Une remise en perspective salutaire servie par une plume exemplaire.

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