Augusteen Burroughs, Pensée magique

Clément Solym - 22.04.2008

Livre - Augusten - Burroughs - Pensee


Augusten Burrroughs se déguste avec un verre de vodka. Pas une bouteille, hein, juste un verre. Cela dit, une fois que vous vous êtes servis, pensez bien à refermer ladite bouteille. Oui, parce que dans un instant de distraction, votre serviteur s'est vu renversant le contenu limpide sur son livre posé après avoir achevé la dernière page... C'est idiot.

 
Fort heureusement, il n'en restait plus des masses, de vodka. Est-ce à dire que j'ai tout bu le temps de ma lecture ? Bien... voilà qui est probable. Est-ce à dire également que j'ai bu pour boulier ce que j'ai lu ? Ne me faites pas dire trop vite ce que je n'ai pas encore expliqué...

 

La vie d'un publicitaire homosexuel et new-yorkais connaît des saynètes de tragicomédie comme on en rencontre rarement. Ou alors au détour d'une anecdote racontée lors d'un repas entre amis. Et là, on se rend compte de la portée toute-puissante de l'esprit d'Augusten.

 
La pensée magique est une fore de pathologie qui entraîne à considérer que l'on exerce sur son environnement une influence largement surestimée, et qui par ailleurs dépasse de loin toute forme d'explication rationnelle. Le syndrome du maître du monde bien connu des ennemis de James Bond pourrait en être une forme.

 
« Je ne me sentirai pas obligé de devoir tout contrôler. À l'exception, bien sûr, de toutes ces choses dont j'ai le contrôle par à la seule force de mon esprit. » Au terme de 27 nouvelles, c'est ainsi que l'on résumerait sans peine La pensée magique. En entrant dans ce livre, vous allez pénétrer le quotidien de Burroughs, peuplé d'événements incroyables, de monstres humains anodins, de situations rocambolesques qui prennent de tournures pas croyables, tout simplement parce qu'Augusten possède un don : celui de transformer le moindre incident de sa vie en épopée mi-figue, mi-raisin.

 
Cela passe par le rat trouvé dans sa baignoire, qui dans une lutte pour sa survie tente de s'arracher à l'homme qui, démuni, fera tout pour se débarrasser de la répugnante créature. Mais également par le traumatisme d'une calvitie plus que naissante et qui amuse les coiffeurs autant qu'elle peut faire plonger dans le déprimant télé-achat de vidéos vantant les mérites d'une lotion capillaire.

 

27 nouvelles. 27 séquences poignantes, parce qu'authentiquement remaniées, pour faire de leur narrateur un surhomme à la fois tragique et superbe. Grotesque et sublime, comme dirait un certain Hugo, Victor.

 

Mais alors que retire-t-on de La pensée ? Comment parvient-on à finir une bouteille de vodka sans que la tête vous tourne au point de ne plus savoir ce que l'on lit ? Pour tout t'avouer, lecteur, le livre m'aura bien tenu en éveil une nuit entière. Amusantes, de ces sourires intérieurs que l'on déploie plus ou moins largement quand on découvre une situation improbable et délirante, ces nouvelles – dont la traduction par Philippe Rouard laisse rêveur – ont du charme. Simplement, en attaquant un recueil, je me fais un devoir de l'achever dans la foulée. Quitte à prendre six heures de lecture. Ce n'est pas pour autant que j'ai été scotché au livre.

 
En fait, si l'on goûte l'humour et l'autodérision, dès les premiers textes, cette entreprise de mégalomanie ironique finit par lasser quelque peu. Et parvenu à la moitié de la bouteille, autant que du livre, on se demande s'il faut vraiment s'imposer une lecture répétitive dans son schéma introspectif. On ne trouve cependant pas deux scènes identiques. Alors quoi ?

 
Simplement, l'autofiction aurait mérité quelques variations, peut-être, des pauses dans le récit pour permettre de respirer. Pris indépendamment, chacun des textes contient sa petite fiole de fiel et d'humour acidulé plaisant. Un livre à ouvrir de temps à autre, pour une plongée dans l'esprit retors d'Augusten. Retors et grinçant, mais toujours avec ironie. Un plaisir à consommer par intermittence.




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