Autres directions, d'André Blanchard

Clément Solym - 22.03.2011

Livre - auteurs - lectures - autres


Depuis des années, André BLANCHARD noircit les pages d’un « journal ». Un journal à la périodicité tout aléatoire, mais qu’il fait régulièrement paraître. « Autres Directions » est le quatrième volume édité par Le Dilettante. Ce recueil couvre une période qui s’étend du Printemps 2006 à la Saint Sylvestre 2008.

Ainsi, par passades assez irrégulières, André BLANCHARD croque tout ce qui lui tombe sous la plume. Sans frein ou retenue particulière, il égratigne ou encense qui ou que bon lui semble. Et si il fait preuve d’un éclectisme certain, il n’en a pas moins certaines marottes dont on sent bien qu’elles lui tiennent particulièrement à cœur.

Grand lecteur, André BLANCHARD ne manque pas de mentionner un nombre assez impressionnant de titres et d’auteurs qui le laissent rarement indifférent. Et si je dois avouer avoir plutôt apprécié sa plume assez coriace, ce n’est pourtant pas pour goûter avec autant d’évident plaisir que lui le genre du « journal » qu’il dévore sans retenue et sans époque de prédilection. Le sien ne manque pas de charme ni de chien ! Ceux des autres doivent tenir le haut du pavé s’ils veulent échapper à quelques coups de griffes assénés sans aménité aucune. Au risque d’être lui-même traité de la même manière.

Et comme tout écrivain qui se respecte, c’est bien là l’un de ses tourments que de ne proposer à ses lecteurs des textes passés au tamis étroit de sa propre autocritique.

Cette dérision vis-à-vis des plumes sans encre véritable, il se la sert d’ailleurs assez bien, même s’il la réserve avec encore plus de bravoure à nombre de ses contemporains qui ne doivent pas le porter dans leur cœur. Je me garderai bien de prendre parti, mais c’est assez finement ciselé et toujours si redoutablement bien vu qu’il y a quelque chose de jubilatoire à accepter certains de ses jugements à l’emporte-pièce : le trait d’esprit pourrait bien l’emporter sur la pertinence, mais tant pis.

Cette capacité à critiquer sans état d’âme n’est par exempte de lucidité. À l’égard de ses propres faiblesses, certes. Mais aussi à l’égard de la capacité de ses lecteurs à être, eux aussi, au moins autant critiques qu’il ne peut l’être lui-même. D’ailleurs, il sent bien que ces mêmes lecteurs seront très présents pour le « rappeler à l’ordre quand la sévérité de (lui-même) envers (lui-même) croit que c’est arrivé et qu’elle peut piquer un somme ».

Il serait cependant erroné de croire que, même si les livres, la lecture et la littérature sont un grand pan de son univers, André BLANCHARD ne serait pas préoccupé par d’autres sujets le sortant quelque peu de ce nombrilisme professionnel.

Non, ces sujets, graves ou sérieux, le partagent tout de même avec quelques notes d’humour grinçant notamment dans le regard qu’il porte sur ses contemporains (« Holà, les moutons de Panurge, au moins ne bêlez pas tous ensemble »), avec quelques petites piques (qui ne sont évidemment pas pour me déplaire) sur quelques comportements de nos éminents politiques et notamment du « premier » d’entre eux.

Dieu, évidemment, mais surtout la perception de Dieu par les hommes, est un terrain régulier d’errance et d’observation. Un terrain où il ne manque pas de mettre en évidence le sempiternel et insupportable « faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais » qui semble être définitivement le credo de nombre de donneurs de leçons ou d’exemples de charité religieuse alors qu’il peine à imaginer ces prêchi-prêcha « agenouillés sauf si l’hostie vient de chez Fauchon ».

La Mort aussi, bien sûr, devant laquelle, comme tout un chacun, il se sent désemparé au point de considérer que « le premier à avoir peur de notre dernière heure, c’est bien notre humour ». La Mort qu’il veut exorciser et dont il veut feindre « d’en être l’organisateur » faute de ne pas être capable de l’empêcher de nous dépasser.

Et tant d’autres petits traits parfois acerbes, parfois incisifs, parfois agacés, parfois amusés, parfois enchantés, rarement anodins, rarement radoteurs.

Comme j’ai pu le sous-entendre plus haut pour mon propre compte, un « Journal » est une lecture particulière : sa forme peut en rendre l’abord moins évident et moins aisé que pour un « Roman » par exemple.

Ne vous y arrêtez pas, la lecture de celui-ci ne manque pas d’attraits.


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