Ecrivain et historien, auteur de nombreuses biographies, éditeur chez Plon et Fayard, directeur de la collection Bouquins chez Laffont, il est peu de dire que Jean-Luc Barré est un homme aux multiples facettes. Mais c’est avec le titre quasi provocateur de Pervers qu’il ose sa première incursion dans le roman, un ouvrage à l’ancienne, à la Mauriac, portrait sans concession du « grand écrivain ».

 

 

L'incipit donne le ton : « À la longue, on ne distinguait plus que ses yeux. Il se séparait rarement en public, et même en privé, d'un chapeau de feutre qu'il portait enfoncé jusqu'au bas du front. »

 

Le portrait du personnage principal est posé. C'est un écrivain. Célèbre, bien sûr. Et riche, évidemment. Son nom est Marlioz, Victor Marlioz. Il n’est pas très sympathique, ce « grand écrivain ». C'est lui le pervers, annoncé dans le titre. Pervers sexuel ? Le style ne s'y prêtant pas, on devine qu'il s'agit d'autre chose. Même si trois épouses se sont succédé dans la vie du grand homme.

 

« La dernière, de vingt ans sa cadette, avait sombré dans la drogue et l'alcool. » Marlioz, lui même, se décrira « comme un monstre d'égoïsme et de duplicité ».

 

Un journaliste nonchalant et quelque peu désabusé mène l'enquête. Celle-ci le conduit d'un palace vénitien à une demeure secrète en Suisse qui tient de l'étude d'un vieux notaire de province et du sépulcre.

 

Et qui dit écrivain à succès dit éditeur à la manoeuvre. Celui de Marlioz, qui s'appelle Durban, est surnommé « l'Imperator » dans la profession : « Sous ses airs de nabab jovial et sarcastique se cachait un joueur impavide, retors et sans scrupules. »

 

Il ne manque plus que la femme, Giuliana qui apparaît : « Moulée dans une longue robe noire échancrée dans le dos, un collier de diamants rouges autour du cou, le maquillage appuyé, les lèvres écarlates et les paupières charbonneuses. »

 

La perversité est, en somme, celle de beaucoup d'écrivains qui mettent parfois leur existence et celle de leur proches en scène, pour avoir une matière à roman(s).

 

Car, Marlioz est ainsi : la littérature passe avant la vie. Il en arrive à écrire Un amour en trop. Le livre en trop pourrait-on ajouter. Quelqu'un va en payer le prix fort. C'est la propre fille de Marlioz. Elle s'appelle Alexia. Nous n'en dirons rien de plus. Nous ne dirons pas davantage comment se termine ce roman à clés, mais on peut l'imaginer sans peine.

 

Comme dans quasi tous les romans actuels, on cherche à deviner qui Jean-Luc Barré cherche à décrire à travers ses personnages. Est-ce de lui dont il parle ? Est-ce de Jean d’Ormesson et de Malcy Ozannat auxquels le livre est dédié ? D’autres que l’on pense reconnaître dans ce portrait acide, presque au vitriol, du milieu littéraire ?
 

[Extraits] Pervers de Jean-Luc Barré

 

Dans ce premier roman, Jean-Luc Barré nous donne à voir ce qu’il aime et connaît par cœur : les tromperies, les faux semblants, les dissimulations, les arrangements avec la réalité, le sens du secret, les coulisses du pouvoir.

L’auteur sait écrire et la plume est alerte et aisée. Barré l’éditeur a-t-il décidé de devenir romancier ? Seul l’avenir nous le dira.
 

 

Jean-Luc Barré – Pervers – Grasset – 9782246862642 – 18 €

 

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