Ayn Rand : 75 ans de Source vive, ou l'égoïsme rationnel

Nicolas Gary - 12.03.2018

Livre - Ayn Rand roman - source vive Rand - Nietzsche Rand ego


Le roman d’Ayn Rand, publié en 1943, célèbre ses 75 ans. À cet âge vénérable, on peut envisager l’appellation de « classique » fort sereinement. Ce monstrueux roman de 700 pages, La source vive, est réédité chez Plon (traduction Jane Fillion) : il n’a rien perdu de sa puissance. 

 


 

 

Au croisement de la pulp romance et des dérives philosophiques proto-nietzschéennes, La source vive reste une valeur sûre. Son personnage principal, l’architecte Howard Roark, ne s’engage dans des projets que s’ils répondent à ses critères artistiques — à une conception du monde. Il campe ici une figure du surhomme qui rapproche Rand du philosophe allemand. 

 

Les liens que la romancière (et philosophe) a entretenus avec le célèbre moustachu sont connus : tout à la fois cette attraction pour la flamme passionnée et ce rejet de l’égoïsme qu’elle ressent. Et dont elle tentera de se séparer en qualifiant son propre égoïsme d’objectivisme. Et c’est d’ailleurs cette notion que l’on retrouve au cœur de La source vive.

 

Elle dépeint en contre-jour, ce qu’elle dénonce : cet homme qui aurait renoncé à se servir des autres. Non pas manipuler, mais bien s’inspirer, prendre l’énergie pour partie, et l’insuffler dans sa propre existence. Je est un autre, entendu, mais cet autre est la source de notre propre dynamique, dit en substance Rand. 

 

Howard Roark, et son contrepoint bien qu’ami de classe, Peter Keating, forment un étrange duo de contrastes. Le premier semble haïssable, quand c’est en réalité le second qui, bien que sympathique, ne nous convainc jamais. Roark, lui, se débat, réussit et fait faillite : ascension et chute… 

 

Dans ce New York des années 20-30, toute la galerie des cinq personnages que l’on suivra participe de cette démonstration. Roark incarne la liberté d’esprit, la créativité et cet individualisme que vantait Rand — l’égoïsme rationnel. C’est l’histoire, finalement, de ceux qui vivent pour eux, pour leur propre épanouissement, et de ceux que le regard d’autrui obsède.

 

La compétition qui s’exercera entre Roark et Keating pousse dans leurs retranchements les notions d’altruisme et d’égoïsme. Dérangeante lecture, et plus encore que Rand organiser son récit comme une immense mosaïque. Roark y personnifie la vision éthique du surhomme, loin de Nietzsche, mais pas tant. Aucune compromission, car seule sa propre estime suffit.

 

D’un côté, indépendance et intégrité, de l’autre conformisme – voire conformité. 

 

D’ailleurs, l’adaptation qu’en fit King Vidor en 1949 rendait parfaitement cet ego nouveau, avec Gary Cooper dans le rôle de Roark. Une caractéristique des romans de Rand, d’ailleurs, où les personnages se sentent un avenir et formidable – mais sont tirés, voire maintenus au sol, là où leur destinée les aurait guidés vers les sommets. 

 

Ces adolescents promis au meilleur, mais qui envoient tout au diable, quand leurs aînés prônent la tempérance…

 

 

Ayn Rand, trad. Jane Fillion – La source vive – Editions Plon – 9782259264471 – 26,50 €


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Pour approfondir

Editeur : Plon
Genre :
Total pages : 686
Traducteur :
ISBN : 9782259264471

La source vive

de Ayn Rand(Auteur) Jane Fillion(Traducteur)

Deux jeunes architectes que tout oppose ou presque débutent à New-York. Peter Keating, l'ambitieux sans grand talent prêt à toutes les bassesses pour réussir, et Howard Roark, véritable génie intrisigeant et épris d'absolu. Tandis que Keating grimpe peu à peu tous les échelons de la réussite, Roark, haï, lutte dans la misère contre les affairistes et les financiers véreux.

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