Babylone Express : Fulgurant. Explosif. Effréné.

Nicolas Gary - 20.08.2018

Livre - Babylone express - Mathilde-Marie de Malfilâtre - drogues adrénaline aventure


ROMAN FRANCOPHONE – À la dernière ligne, on se rend compte étouffé que l’on a retenu sa respiration. 256 pages durant. Soit deux heures trente de lecture d’après le Kindle. Babylone Express, c’est une autoroute vers l’enfer, comme il se doit, servi par une langue vivante en diable. Il n’en fallait pas moins.



 

Luna de Paris et Marco von Z., un couple comme il n’en exista jamais : elle officie aux Renseignements généraux, fille de bonne famille, moitié de Normandie, moitié d’Italie. Lieutenante, elle surveille les agissements des écoterroristes. Fan d’armes à feu, de règlement de compte et dégoûtée de la politique, elle va rencontrer son marquis, Marco. 

 

Photographe, défenseur ultra-vindicatif des droits des animaux, DJ également et ancien dealer de produits, le bonhomme est une comète lancée à travers l’univers — et un peu gigolo quand il a fallu. Comment se sont-ils rencontrés, que firent-ils et pourquoi leurs âmes semblent si fusionnelles, au point d’être en lien avec le cosmos… excellentes questions.

 

Leur projet est simple : l’Opération Babylone, en plusieurs actes. Acheter de la drogue, et la revendre. Oui, Easy Rider résonne aux oreilles, de même que Las Vegas Parano. Mais le projet de Luna et Marco, c’est de quitter ce monde, pour s’en créer un meilleur. En chemin, cela implique d’avoir essayé les produits vendus — depuis un fantastique hasch marocain, en passant par une cocaïne stupéfiante et bien d’autres, plus ou moins connues du grand public.  

 

« La Beat generation. Eux, ils avaient du taf, le sexe libre et des acides de la Madone. De quoi être béat, en effet. Nous, on a le sida, le RSA et des prods de merde. On est la génération, Shit. Oui. On colle bien à l’époque merdique et aux temps qui courent », raconte Luna. 

 

Les voici traversant l’Europe et l’Afrique du Nord, depuis les fournisseurs aux clients. Mais la drogue n’est pas tout : d’abord, il y a le sexe, où Luna exulte, exalte, excelle, que ce soit seule avec Marco, ou avec Marco et d’autres hommes. Des scènes au réalisme halluciné, totalement improbable et sans une once de vulgarité, pour raconter la débauche la plus souveraine…

 

Et une fois drogue et sexe assouvis, il reste l’amour qui réunit ce couple : « Puisque nous sommes si désespérément libres et si désespérément lumineux, nous renaîtrons de nos cendres. À l’infini. Mon Amour. Jusqu’au Jugement dernier. » Marchant dans les traces de pas des clochards célestes de Kerouac, ce sont les Amants-Enfants de Babylone partis sur les routes. Ils vont, forces inarrêtables, inépuisables « au milieu de cette humanité exsangue et folle, pourrie et belle et pathétique ». 

 

 

Fulgurant. Explosif. Effréné. Ce premier roman virevolte au-dessus de la mêlée. Fallait-il être descendante d’un poète maudit — Jacques Clinchamps de Malfilâtre, en l’occurrence — pour que la verve frappe si fort ? Le texte se mâtine d’expressions italiennes, arabes, d’argot ou d’images stupéfiantes de puissance, c’est un roman au croisement du surréalisme et du Festin nu de William Burroughs. 

 

C’est l’amour fou d’André Breton mis en scène : « La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas. » Luna et Marco incarnent chacun de ces paradoxes, explorant les limites du corps et de l’esprit, quand tous deux décollent sous l’effet des drogues. Adrénaline, mon putain d'amour ! 

 

[Extrait] Babylone Express
de Mathilde-Marie de Malfilâtre

 

Babylone Express est un roman générationnel : celui de la débordante folie de vivre, sans douceur ni précaution. Les agapes sans limites d’un couple voyageant aux hallucinogènes les plus divers — avec les pieds pourtant infiniment sur terre. 

 

C’est de la pure absolument pas coupée — littérature, probablement, mais bien plus certainement. Un roman tout bonnement fantastique, incarnation de ce que les frangins Goncourt voulaient : de l’originalité dans le style et le fond. Quelle claque ! Quel plaisir ! Quel bonheur ! 

 

 

(à paraître 22/08) Mathilde-Marie de Malfilâtre – Babylone Express – Le Dilettante – 9782842639525 – 18 €

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