Bakhita : une femme puissante

Cécile Pellerin - 20.11.2017

Livre - Littérature française - esclavage - religion


Librement inspiré d’une histoire vraie, le nouveau récit de Véronique Olmi possède une intensité dramatique pénétrante et une tonalité quasi-ensorcelante. Eclatant à la fois de force et de fragilité, il témoigne de la ferveur et de l’innocence pure du personnage, dépeint une réalité historique, celle de l’esclavage au Soudan d’abord, puis de l’Italie coloniale, religieuse et fasciste, et explore sans jamais sombrer dans l’hagiographie, l’intimité d’une femme exaltée et mystérieuse au destin presque irréel, inhabituel, mais absolument émouvant et respectable. Puissant.
 

Avec une tonalité, une grâce stylistique très personnelles, Véronique Olmi offre au lecteur, un roman présent, ardent, imprégné de violence, d’âpreté, rythmé par les saccades de coups, les humiliations, les cris et la douleur. Accompagnés de la même habileté formelle et sans jamais trahir la justesse d’expression, ces mots ont aussi le pouvoir d’exprimer l’amour, l’attachement, la liberté, le renoncement, la béatitude. Et nul besoin d’être croyant ou mystique pour sentir le cœur tressaillir et le plaisir se révéler. Aussi,  “athées-vous” !


 

“Pour qu’une histoire soit merveilleuse, il faut que le début soit terrible.”
 

Bakhita ne connaît pas son vrai nom. Dépossédée de tout à l’âge de sept ans. Vers 1876, elle est enlevée par des négriers dans son village du Darfour et devient une esclave. Malmenée, déplacée sans cesse, elle avance dans la vie au sentiment, portée par le souvenir d’un amour maternel sans condition, habitée par le malheur des siens. Arrachée à tous ceux qu’elle aime, elle se construit une vie secrète, s’échappe d’un corps qui ne lui appartient plus et résiste aux sévices les plus infâmes.
 

“La seule vérité, c’est l’esclavage.”
 

A dix ans, elle ne sait plus comment grandir, oublie peu à peu sa vie d’avant. “Son cœur est pétrifié, et son âme ne sait plus où vivre.” Enchaînée, battue, elle vit dans un monde furieux, passe de maître en maître. A treize ans,  sous le joug d’un général turc, impuissante, terrorisée elle survit pourtant, avant d’être achetée par Calisto Legnani, consul italien à Khartoum.
 

Emmenée en Italie puis confiée à un couple de Vénitiens, elle devient la Moretta, se lie d’un amour maternel à la fille de ses maîtres avant d’intégrer le couvent des Sœurs de la Charité canossienne et de rentrer dans les ordres. Symbole de l’esclave convertie, célèbre dans l’Italie entière, elle s’éteint en 1947 et sera canonisée en 2000 par Jean-Paul II.
 

“Elle est belle, elle est douce et résignée. Mais elle est aussi indestructible. Comme une survivante, elle porte en elle un monde incommunicable.”
 

La première partie du roman (plus imaginaire sans doute) met le lecteur sous emprise. Visuelle, bouleversante, romanesque, elle possède une force presque incantatoire et entraîne une lecture irrépressible, continue. Incarnée. Chaque page est habitée par la sensibilité du personnage, sa pureté, sa souffrance, sa résilience, ses égarements, sa bonté. Chaque page s’empare d’un souffle tragique et beau. Magnétique.
 

Les phrases courtes sont entêtantes, pleines de rythme et de vie. L’allégresse est perceptible, invasive, déroutante. Bienfaisante.
 

La seconde partie (plus documentée) débute au moment où Bakhita recouvre sa liberté et la remet à Dieu. Une atmosphère plus resserrée, moins lumineuse. Adaptée au silence, à l’isolement, au recueillement et à la contemplation,  aux combats intérieurs, justement expressive d’une temporalité différente mais moins envoûtante.
 

Plus courte en nombre de pages que la première partie, elle retrace pourtant les trois quart de l’existence de Bakhita mais cette inégalité présumée permet au roman de maintenir un équilibre harmonieux et de préserver intacte, l’empreinte incandescente de la première partie.

Véronique Olmi – Bakhita -  Albin Michel – 9782226393227 – 22,90 euros.


Pour approfondir

Editeur : Albin Michel
Genre :
Total pages : 456
Traducteur :
ISBN : 9782226393227

Bakhita

de Véronique Olmi

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l'esclavage. Rachetée à l'adolescence par le consul d'Italie, elle découvre un pays d'inégalités, de pauvreté et d'exclusion.Affranchie à la suite d'un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d'évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d'âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu'elle soit razziée.

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