Bérengère Cournut, Née contente à Oraibi : un grand roman de l’ailleurs

Auteur invité - 12.06.2017

Livre - Bérengère Cournut Née contente à Oraibi - grand roman ailleurs - Tripode éditions


« Selon lui, dans l’existence, il y avait un temps pour agir en commun et un temps pour se faire sa propre expérience du monde. » 


C’est au cœur du désert de l’Arizona que Bérengère Cournut nous invite pour une plongée enchanteresse au sein de la société matrilinéaire, matrilocale, exogame et clanique de la tribu des Hopis. Rythmée par la saisonnalité des cultures agraires et structurée par un calendrier cultuel très dense, la vie s’y déroule paisiblement pour Tayatitaawa, elle qui est née contente à Oraibi d’une mère charismatique, d’un père mystérieux et – d’une certaine manière – d’un frère magnétique et distant.




 

La nature, les animaux et les éléments naturels contribuent à l’harmonie qui berce l’existence de la jeune fille. Mais passé le début du récit où le lecteur est proprement initié aux fonctionnements et aux traditions hopis, la disparition du père, personnage investi d’un fort pouvoir symbolique et en même temps extrêmement indépendant du clan qui l’a accueilli, fait basculer le texte de jeunesse vers le récit de l’accomplissement d’un deuil.

Et ici se révèle la puissance narrative de l’auteure qui parvient à nous faire admettre une spiritualité et une cosmologie aux antipodes des nôtres. 
 

On pourrait se raccrocher au concept très européen de psychanalyse – car on en retrouve de nets marqueurs : somatisation, interprétation des rêves, figures analytiques, transfert, exploration intérieure par hypnose, révélation du secret des origines –, mais ce serait prendre le risque d’un certain anachronisme culturel.

Ce serait aussi et surtout se priver de la réelle épaisseur littéraire que la représentation du monde des Hopis confère au texte par l’entremise avisée de Bérengère Cournut.

Possédant une écriture poétique et polychrome, l’auteure fait ici la magistrale démonstration de la puissance magique de la littérature : créer un monde, le rendre naturel, presque palpable, et l’offrir, comme une terre natale, au lecteur émerveillé. Née contente à Oraibi est un grand roman de l’ailleurs. 
 

Géraldine Guiho,
La Buissonnière (Yvetot) 

 

en partenariat avec le réseau Initiales


 

Née contente à Oraibi - Bérengère Cournut - 9782370551016 - 19 € - Editions du Tripode