Beckett, François-Marie Banier

Clément Solym - 30.11.2009

Livre - Beckett - Francois - Marie


Becket, en short (si, si) : au premier plan des troncs de palmier et en fond, une ville, blanche, que l'on dirait presque immaculée. De sa silhouette longiligne, maigre, il domine le trottoir, marche vers quelque but. Des sandales aux pieds, un tee-shirt bleu – ou une chemise blanche - et des lunettes de soleil... Il n'y a plus qu'une mèche de cheveux noirs dans sa toison blanche.

Nous sommes en août 1978, à Tanger... Que diable Beckett allait-il faire là-bas ? Il a reçu son prix Nobel de littérature en 1969, et personne ne croirait voir autre chose qu'un touriste sur ces premiers clichés. Parfois une femme à ses côtés, sa femme Suzanne, qui le quittera en juillet 1989. Samuel ne s'éternisera pas sur Terre bien plus longtemps : en décembre, il meurt à son tour.

On retrouve même l'auteur de Godot, de l'absurde, du tragique qui s'ignore, conteur d'un grand désespoir qui redonne la vie, celui qui invente Molloy, l'homme suçant des cailloux placés dans ses poches, et qu'il fait tourner de poche en poche pour ne pas sucer deux fois le même... Celui-là ! Ce romancier, dramaturge, marche les pieds dans le sable, face à la mer. C'en est presque saisissant d'effroi, de naturel. De simplicité. Mais ainsi est l'oeuvre de Beckett : simple.


En contraste, sur les photos parisiennes, c'est un homme habillé, en col roulé, avec un pantalon pince, et une canne qui déambule dans les rues, nous sommes 10 ans plus tard et la femme sur les photos a disparu. Becket assis sur un banc, qui lève la main. Il est assis, avenue René Coty, dans le XVIe arrondissement, sur l'un de ces bancs publics. Il scrute l'avenir, l'horizon, puis le sol et de nouveau l'horizon.

Beckett, assurément, avait un grand secret. Et ces quelques clichés, pris (volés ?) par son ami François-Marie Banier en assureront quiconque les épluchera. Un beau livre de photos noir et blanc, un peu cher, d'autant qu'il manque cruellement de quelques éléments qui auraient permis à ceux qui ne maîtrisent pas la biographie de Beckett d'en saisir un peu plus. Quelques éléments textuels pour ajouter à l'ensemble... Ou alors un vrai format bien plus grand pour s’avouer pleinement les photos...

En l'état, c'est dommage, mais seul le passionné s'octroiera ce plaisir.


 

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