Berlin, avril 1945 : humains, frères trop humains

Auteur invité - 28.11.2018

Livre - Berlin Finale - Heinz Rein - Allemagne nazie roman


ROMAN ETRANGER - Peu de romans méritent, réellement, le qualificatif de grands romans, d’œuvres-clé susceptibles de marquer la littérature de leur époque de parution. Les éditions Belfond viennent de faire paraître, dans la collection [Vintage], le roman jusqu’alors inédit de Heinz Rein, Berlin Finale.

 
 

Dans la littérature allemande, caractérisée par le courant de la Trummerliteratur, littéralement la littérature des ruines qui a marqué l’immédiat après-guerre, on ne retenait pas le nom de Heinz Rein, auteur de ce roman. Cette œuvre se situe, non pas dans l’après-guerre, mais dans la période s’étendant entre le début du mois d’avril 1945 et le 30 avril, à la veille de la reddition des troupes allemandes et de la prise de Berlin par l’Armée rouge.

Ce roman peut s’inscrire dans la lignée de celui de Hans Fallada, Seul dans Berlin (Folio), qui décrit la tentative de résistance au régime nazi d’un contremaître dans une usine berlinoise.

Cependant, il va beaucoup plus loin : les principaux personnages du roman, le Docteur Walter Böttcher, médecin généraliste, ancien membre du parti social-démocrate, tête du groupe de résistance Berolina, Friedrich Wiegand, imprimeur typographe, clandestin, persécuté par la Gestapo depuis douze ans, Joachim Lassehn, déserteur de la Wehrmacht, ancien étudiant en musique, Klose, un restaurateur qui héberge ces clandestins ; tous illustrent à un moment ou un autre du roman l’état de la société allemande à cette époque.
 
On y décrit pêle-mêle la décomposition des rapports humains, l’omniprésence de la méfiance, le repli des populations sur leur quant-à-soi, la lâcheté des conduites, l’espoir fou nourri par certains, intoxiqués par la propagande nazie, que l’Allemagne peut encore gagner la guerre …

Pourtant, c’est l’humanité des personnages principaux qui prévaut, on s’y attache, on les pressent comme les inspirateurs possibles d’une nouvelle Allemagne dénazifiée.

Le quotidien est impacté également, les besoins humains, réduits à de simples fonctions : « Le bonheur se loge dans la satisfaction de besoins corporels, c’est la nourriture et l’accouplement, c’est la chasse hystérique aux cigarettes, au café en grain et à l’alcool, à l’étreinte et à l’orgasme. L’acte sexuel n’est qu’un état du corps. » 
 

[Extrait] Berlin finale de Heinz Rein


Les ravages de l’idéologie totalitaire ne manquent pas d’être relevés : « L’entreprise de formatage entamée lors du Service du travail (…) l’armée l’avait poursuivie(…) on marchait sans détour vers l’objectif, qui était d’entraîner physiquement le jeune homme et d’en faire, mentalement, un instrument sans volonté, pour le jeter ensuite au plus vite vers le champ de bataille. »
 
Pour sa précision dans les descriptions de la vie quotidienne du Berlin en guerre, pour l’humanité qu’il dégage, pour son illustration des capacités de l’humain, ce roman mérite d’être classé dans les romans-repères de cette époque. A (re)découvrir sans plus tarder.
 

Stéphane Bret


 
Heinz Rein, trad. Allemand Brice Germain – Berlin finale – Belfond, collection [Vintage] – 9782714471437 – 23 €


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Pour approfondir

Editeur : Belfond
Genre :
Total pages : 868
Traducteur : germain brice
ISBN : 9782714471437

Berlin finale

de Heinz Rein

Avril 1945. Alors que les bombes pleuvent sur Berlin et que les Russes sont aux portes de la capitale, le régime nazi fait une dernière percée, traquant toujours plus fermement juifs, dissidents et déserteurs. Au beau milieu du chaos se débattent Joachim Lassehn, un jeune soldat qui recherche désespérément un endroit où se cacher ; Friedrich Wiegand, un syndicaliste torturé dans les camps, qui essaie de précipiter la fin de la guerre à coups de sabotage ; le docteur Walter Böttcher, qui aide les dissidents à vivre dans la clandestinité et Oskar Klose, barman, responsable du nouveau quartier général de la résistance.

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