Bétibou : trio argentin

Mimiche - 26.09.2014

Livre - Argentine - enquête policière


La Maravillosa est un quartier super-chic et super-sécurisé de Buenos Aires : des contrôles pointilleux sont effectués par des vigiles qui ne laissent pas passer grand chose. C'est pour cela que Gladys, quand elle passe le poste de garde n'omet jamais de déclarer son téléphone portable avant d'aller chez M. Chazaretta pour faire le ménage : pas la peine de se faire accuser de vol pour quelque chose qui lui appartient.

 

Mais, ce jour-là, elle ne fera pas le ménage ! Vautré dans son fauteuil, M. Chazaretta n'est pas seulement en train de cuver son whisky dont la bouteille traîne près de son fauteuil : le couteau dans sa main, le sang partout sur sa chemise et jusque sur le tapis, la gorge tailladée semblent bien attester de son suicide !

 

Les vigiles, la police sont rapidement là : surtout ne pas reproduire à l'occasion de cette nouvelle enquête, ce qui s'est passé deux ans plus tôt, lors du décès tout aussi violent de Mme Chazaretta : une gabegie qui a fait disparaître tous les indices qui auraient permis soit d'accuser, soit d'innocenter le mari qui s'en est finalement sorti. Même si tous les soupçons n'ont pas été effacés dans l'esprit de tout le monde.

 

Notamment dans celui de Jaime Brena qui était alors journaliste en charge de l'enquête pour El Tribuno. Malgré tous ses efforts, il n'a jamais pu avoir autre chose que des intuitions. Et, depuis, il s'est fait mettre au placard par le rédacteur en chef, Rinaldi, qui l'a remplacé par un petit jeune, tout juste un gamin, que Rinaldi fait trimer avant de certainement le jeter comme un torchon sale.

 

D'ailleurs, c'est au gamin que Rinaldi confie le suivi de l'affaire Chazaretta dès que la nouvelle de la mort de celui-ci parvient au journal.

 

Au gamin et à Nurit Iscar, une romancière que Brena a surnommée Betty Boop, qui est envoyée à La Maravillosa pour y sentir l'ambiance de l'intérieur, à charge pour elle d'alimenter le gamin.

 

Brena, encore obsédé par la première affaire Chazaretta, ne peut s'empêcher de vouloir mettre son nez dans la deuxième et, au passage, de donner un petit coup de pouce au gamin qui, même s'il lui a pris sa place, ne lui est pas totalement antipathique.

  

 

Ca, c'est pour le cadre et cela pourrait vous paraître bien mince. Surtout ne vous y arrêtez pas !

 

Voilà un excellent roman par lequel Claudia PIŇEIRO nous donne une nouvelle clé pour entrer en Argentine. Pour tenter d'apercevoir un pays meurtri qui a encore, trop présents, les stigmates de son passé récent, pas totalement digéré : justice expéditive, police approximative,… Bref un état qui n'a pas effacé la dictature, les passe droits, la corruption et l'arbitraire.

 

Le trio de choc gamin/Iscar/Brena fonctionne à merveille et le récit ainsi que le scénario sont passionnants : impossible de ne pas se laisser prendre dans une histoire sombre et embrouillée dans laquelle tirer les ficelles fait remonter dans un passé encore plus obscur.

 

 

 

Ce que j'ai adoré, de plus, c'est l'écriture ! Un texte dense mais fluide dans lequel les pensées et les conversations des uns et des autres se mélangent à la narration d'une manière tellement naturelle qu'un marquage plus prononcé des échanges devient inutile. Rarement j'ai eu cette impression de rentrer dans le présent des personnages avec cette liberté et cette facilité.

 

 

 

Voilà un vrai talent mis au service d'un récit superbe qui, parallèlement à l'enquête policière menée par le trio, profite de l'occasion pour donner la parole à ceux qui continuent de s'insurger contre les relents du passé, contre les ségrégations diverses que subissent ceux que l'argent-roi martyrise, contre une société qui n'a pas encore totalement pris une nouvelle voie.

 

 

 

Ce livre mêle tout. Mêle tout bien. Pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.